Rubrique Cinéma Japonais 27 février 2011

Le film d’aujourd’hui

STUPEUR ET TREMBLEMENTS

Dernière rubrique cinéma, et pour clore cette thématique japonaise, j’ai choisi un film… français!!! Et oui. Mais un film français dont le propos c’est le Japon, et qui se passe dans l’une des entreprises qui occupent une tour dans la forêt de buildings de Tokyo. Je vous parle de Stupeur et Tremblements, d’Alain Corneau, sorti en 2002 et adapté du roman éponyme écrit par Amélie Nothomb.

Le film est intégralement en japonais, hormis la voix off du personnage principal, joué par Sylvie Testud, qui est en français. Mais l’actrice a appris ses dialogues en japonais pour le film et c’est du pur délice de la voir s’exprimer dans cette langue si mystérieuse pour le commun des mortels… Elle a d’ailleurs reçu le César de la meilleure actrice pour sa prestation!

Ici la bande annonce

C »est donc l’histoire d’Amélie, une jeune femme d’origine belge, qui a en fait passé son enfance au Japon, et qui décide, après des années d’expatriation en Europe, de revenir à Tokyo pour y vivre, y travailler et tenter de s’intégrer à cette société japonaise qu’elle admire tant. C’est en fait l’autobiographie de l’auteure du roman, Amélie Nothomb, c’est un bout de son histoire à elle, retranscrite ici pour le cinéma, dans un film jouissif, drôle et à la fois terrible, dont la voix off fait références aux vrais passages du roman, ligne pour ligne.

Pour résumer, son parcours d’un an chez Yumimoto se résume en une déchéance cruelle et injuste: du poste initial de traductrice elle achèvera son séjour dans l’entreprise au poste peu reluisant de « dame pipi »… Dans un dédalle hiérarchique à couper au couteau, Amélie n’est qu’un pion, qu’il faut occuper.

Donc, Amélie débarque dans cette grande entreprise japonaise, chez Yumimoto, et c’est un grand honneur pour elle. C’est ce qu’elle voulait. Avec son papier d’universitaire, elle y est engagée en tant qu’interprète, elle maîtrise en effet parfaitement le japonais, le français et l’anglais. Mais la jeune occidentale ne peut faire usage ni de ses diplômes, ni de sa parfaite connaissance du japonais. Femme, elle doit commencer par le début, c’est-à-dire servir le café…

Fubuki, sa supérieure directe, fascine Amélie dès le premier regard. Toutefois, pureté des lignes ne signifie par forcément pureté de l’âme! Dans le contexte professionnel, la lutte est âpre pour obtenir de l’avancement, et c’est Fubuki, jalouse, qui portera le premier coup de sabre dans l’injuste descente en grade d’Amélie…

En fait, Amélie ne sait rien de la culture japonaise. Elle, elle avait conservé du Japon de ses 5 ans, des souvenirs de plénitude, celle des jardins zen, par exemple, qu’elle admirait inlassablement. Elle voulait retrouver cet extraordinaire royaume de l’esthétique, les bonheurs secrets de sa méditation… Que nenni. Amélie va déchanter. Car Amélie a beau avoir vécu dans ce pays, elle n’en connaît pas la moindre articulation.

Après la fonction de « l’honorable thé », on lui assigne des tâches abrutissantes, comme si le seul but était de l’occuper, en lui faisant faire n’importe quoi, sauf ce pour quoi elle a été engagée. Distribuer le courrier, tourner les pages des calendriers de tout les employés, photocopier 10 fois page par page le règlement du club de golf d’un de ses supérieur, trier des factures, vérifier des comptes… bref, son expérience d’employée de bureau va se noyer très vite dans un burlesque qui la dépasse… Ses fréquentes initiatives sont régulièrement sujettes aux réprobations de ses supérieurs et, face à cet acharnement, la jeune femme se plie à leurs exigences.

A plusieurs reprises, Amélie est forcée d’avouer à ses supérieurs que, oui, elle est «bête», handicapée mentale même, et que c’est bien connu que le cerveau occidental est inférieur à celui des japonais!!!

Chacun à sa place. Amélie ne pourra pas faire face. Mais Amélie redoublera de force et de courage, d’astuces même, pour ne pas démissionner et ainsi conserver son honneur – notion ultra fondamentale au Japon. Et quand, au bout d’un an, elle annonce, en bonne et due forme, en passant par toute la voie hiérarchique, qu’elle est « déééééésolée » mais qu’elle ne reconduira pas son contrat, consciente qu’elle n’était pas à la hauteur des tâches qui lui ont été incombé, même là, elle n’aura pas droit à un brin de pitié…

Ce qu’on sait de la vie d’Amélie Nothomb, l’auteure du roman qui inspira le film, c’est qu’après cette expérience chez Yumimoto, elle rentra en Europe et devint finalement écrivain…

Pour ce qui est du film de Corneau, c’est du pur délice, les paragraphes en voix off y sont pour beaucoup, mais le jeu de Sylvie Testud, surtout, en vaut vraiment la chandelle. Et pour la grâce burlesque qui inonde le drame de bout en bout, je vous recommande chaudement ce film, même s’il n’est pas japonais!

Je vous laisse avec un bout un peu plus long des Variations Goldberg au clavecin qui vous grisent les oreilles depuis le début de la rubrique, c’est signé Jean-Sébastien Bach, et c’est sur son dernier album…. non je rigole. C’est juste la bande-originale du film.

Voilà, sur ces belles notes de classique – merci Jean-Seb, ben on va fermer cette chronique cinéma pour cette année, c’était la dernière, j’espère vous avoir un peu titiller, vous avoir donné l’envie de découvrir ou d’approfondir vos connaissances cinématographiques asiatiques – désolée pour les cinéphiles qui connaissaient déjà bien tout ça, en même temps, quand on est cinéphiles, on prend toujours plaisir à voir ou revoir des films de qualité non? donc, ça n’a pas du être trop pénible cette semaine…

J’ai quand même envie de terminer en vous disant que le cinéma japonais, c’est un monde à part entière ultra vaste, qui a toute une histoire, et que des films à voir il y en a toute une flopée dont je n’ai malheureusement pas pu vous parler… Je vous propose donc ci-dessous une liste exhaustive d’œuvres importantes et significatives, récents ou un peu plus vieux.

Ponyo sur la falaise De Hayao Miyazaki, 2009

Air Doll, de Hirokazu Kore-eda, 2009

Tokyo Sonata, De Kiyoshi Kurosawa, 2009

Tokyo! De Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-ho, 2008

Lettres d’Iwo Jima, De Clint Eastwood, 2007

Sukiyaki Western Django, de Takashi Miike, 2007

Nausicaä de la vallée du vent, De Hayao Miyazaki, Tomoko Kida, 2006

Crying Freeman, De Christophe Gans, 2006

Mémoires d’une geisha, De Rob Marshall, 2006

Pompoko, De Isao Takahata, 2006

Le Château ambulant, De Hayao Miyazaki, 2005

Gosses de Tokyo, De Yasujiro Ozu, 2005

The Returner, De Takashi Yamazaki, 2004

Le Royaume des chats, De Hiroyuki Morita, 2003

Le Château dans le ciel, De Hayao Miyazaki, 2003

Tokyo Godfaters, de Shôgo Furuya, Satoshi Kon, 2003

The taste of tea, de Ishii Katsuhito, 2003

Japanese Story, de Sue Brooks, 2003

Dolls, de Takeshi Kitano, 2002

Le Voyage de Chihiro, De Hayao Miyazaki, 2002

Le Samouraï du crépuscule, de Yoji Yamada, 2002

Lost in translation, de Sofia Coppola, 2002

De l’eau tiède sous un pont rouge, De Shohei Imamura, 2001

Battle Royale, De Kinji Fukasaku, 2001

Metropolis, De Rintaro, 2001

Ring, De Hideo Nakata, 2001

Aniki, mon frere, De Takeshi Kitano, 2000

Tabou, de Nagisa Oshima, 1999,

Bird people in China, de Takashi Miike, 1998

Ghost in the Shell, De Mamoru Oshii, 1997

Hana-Bi, de Takeshi Kitano, 1997

L’anguille, de Shohei Imamura, 1997

Le Tombeau des lucioles, De Isao Takahata, 1996

Porco Rosso, De Hayao Miyazaki, 1995

Sonatine, de Takeshi Kitano, 1993

Rhapsodie en août, de Akira Kurosawa, 1991

Furyo, De Nagisa Oshima, 1983

Dodeskaden, de Akira Kurosawa, 1970

Tora! Tora! Tora!, De Richard Fleischer, Kinji Fukasaku, Toshio Masuda, 1970

Le Pont de la rivière Kwai, De David Lean, 1957

Les Sept Samouraïs, De Akira Kurosawa, 1954

Rashomon, de Akira Kurosawa, 1950

Dame Ginette

Rubrique Cinéma Japonais 25 février 2011

Le film d’aujourd’hui

ZATOICHI

Aujourd’hui je vais vous parler de Zatoichi de Takeshi Kitano, sorti en 2003. Un film de Samouraïs, de sabres et de sang qui gicle, de paysans pas contents, un masseur aveugle qui manie l’épée comme personne… Zatoichi c’est un personnage légendaire presque centenaire qui fait partie intégrante de la culture nipponne… On écoute la bande-annonce….

httpv://www.youtube.com/watch?v=_3WNmW5X8dI

Résumé

Nous sommes ici dans le Japon médiéval du 19e siècle. Zatoichi est une masseur aveugle, qui gagne sa vie en trichant aux jeux dans des tripots. Derrière la calme apparence du masseur aux cheveux blond, se cache un samouraï redoutable! Malgré son handicap, il est un maître dans l’art du sabre. Ses coups sont précis et rapides. Chemin faisant, il arrive peinard dans un petit bled. Là il fait la connaissance de deux Geishas, décidées à venger le terrible meurtre de leur parents par un dénommé Kuchinawa. Le seul hic, c’est que le village est tenu d’une main de fer par Ginzo et son terrible gang de yakusa. Zatoichi va devoir alors user avec brio de sa terrible canne-épée pour aider les donzelles en détresse et sauver le citoyen dans le besoin…

Extrait au début du Film, il est trop fort cet aveugle

httpv://www.youtube.com/watch?v=daz6ETYt28c

A propos du film

Dans tous les films de Takeshi Kitano – quels que soient les genres visités – on retrouve la patte du réalisateur de HANA-BI qui était un polar tendre et violent, de L’ETE DE KIKUJIRO, un petit chef-d’œuvre burlesque et de sensibilité dont je vous ai parlé il y a deux jours, et, entre autre encore, de DOLLS, une œuvre contemplative, picturale et proche du théâtre de marionnettes typiquement japonais. Dans Zatoichi donc vous avez tout : Violence, burlesque, qualité plastique de l’image et même de géniaux numéros de petite comédie musicale.

Nous avons donc un Takeshi Kitano qui se lance ici dans le film d’époque, de costumes et de sabres. Une grande première. Mais surtout et pas des moindre il s’attaque à un mythe. Parce que Zatoichi c’est quoi ? C’est qui ? Le scénario s’inspire d’un personnage légendaire et ultra populaire de la culture Nipponne. Zatoichi. c’est avant tout un personnage inspiré d’un roman de Kan Shimozawa du début du 20e siècle puis c’est tout un univers, il y a eu une série de films, puis série télévisée, on connaît aussi Zatoichi, sous forme de bande-dessinée, de pièce de théâtre, etc. C’est donc du lourd et du connu. Pas facile dès lors pour Kitano de s’attaquer à un mythe qui existe depuis plus de 40 ans…

httpv://www.youtube.com/watch?v=36gZ6fJHM6Q

Dans la série originale, de 26 films au total, Zatoichi était joué par Shintarō Katsu (né en 1931). Le tout premier film de la série date de 1962 et il est en noir et blanc. Le vingt-cinquième film date de 1973, donc onze ans après le début de la série. Le 26e et dernier épisode sort en 1989 soit 16 ans après le 25e, ! Celui-ci est réalisé par Shintaro Katsu lui-même (l’acteur principal!). Il avait donc 31 ans la première fois qu’il se met dans la peau de Zatoichi à l’écran et sort de ce costume épique à l’âge de 58 ans.

Devant la lourde tache Kitano s’en sort à merveille. Pourquoi ? Comment ? Parce qu’il décide de totalement s’approprier le personnage. Un nouveau look, une nouvelle histoire, pas question de reprendre du déjà existant, aucun intérêt pour lui. Il donne donc un style plus sobre au personnage, qu’il orne d’une coupe de tiff blond platine, d’un kimono uni (l’original était haut en couleur) et d’une canne-épée rouge sang des plus élégante. Les combats à l’épée sont d’ailleurs un des points fort du film. Chorégraphiés de main de maître, ces scènes comportent un détail que vous ne manquerez pas de remarquer: le sang. En effet si les combats sont super rapides, les gerbes de sangs ont été volontairement exagérées par ordinateur dans le but de le rendre graphique et que justement, en appuyant sur la présence du sang presque à outrance, bien rouge, bien brillant, bien cohagulant, il rend la violence «surréaliste, voir irréelle» ce qui permet au spectateur de ne pas être choqué par tant de sauvagerie. Parce que finalement, on vient au cinéma pour se faire plaisir et non pas pour être dégoûté à vie.

Un mot encore sur la présence de la musique. Nous avons à l’écran un héros aveugle qui tabasse au sabre comme personne, et ça, c’est grâce à sa sensibilité auditive exacerbée. Pour rendre compte de cela, il glisse dans son film quelques séquences de comédie musicale décalées, sur une musique rythmée sortie de nul part, à laquelle les protagonistes semblent adapter leurs gestes, dans une sorte de chorégraphie imprévue qui frôle le burlesque mais qui rend compte de l’acuité auditive exceptionnelle du héros. On voit alors par exemple une horde de paysans pas contents faire des claquettes en coeur dans la rizière juste avant un affrontement de la plus haute gravité.

En bref et au final Kitano a rarement paru aussi libre, associant scènes de sabre et moments comiques, les confondant parfois, avec une virtuosité folle, qui le conduit à tout se permettre. « Zatoichi » c’est deux heures d’un plaisir jubilatoire rare. C’est que du bonheur quoi. Même pour ceux qui ne courent pas après les films de sabres, parce que le film mérite d’être vu presque uniquement pour l’exercice de style du maître japonais, j’ai nommé Takeshi.

LA MUSIQUE DU FILM

La musique de ce film est composée par Keiichi Suzuki, un compositeur japonais de musique de jeu vidéo qui travaille principalement pour la société Nintendo.

Alors que l’on s’attendrait plutôt à trouver un Joe Hisaishi pour la bande son, comme pour Kikujiro et finalement dans la plupart des autres films de Kitano, c’est Suzuki qui s’y colle et qui crée la surprise en livrant une musique étrange, électronique, et souvent en totale opposition avec l’époque médiévale représentée à l’écran. On est loin des mélodies mélancoliques composée pour l’été de Kikujiro, il fallait ici quelqu’un capable d’entrer en harmonie avec l’ambiance délirante du film.

Deux extraits qui,  à mon goût, sont vraiment bons

httpv://www.youtube.com/watch?v=bWcVES9UPSQ

httpv://www.youtube.com/watch?v=hk4oGCPGXz4

Pour conclure, Zatoichi c’est biensûr un film que je vous conseille de voir, si vous avez décider de vous lancer dans la découverte du cinéma nippon, c’est un morceau de choix à ne pas manquer! Et si après l’été de Kikujiro ET Zatoichi, vous vous prenez de passion pour l’univers de Takeshi Kitano, essayez sans attendre Hana-Bi, Dolls, ou encore Battle Royle dans le quel il tient le rôle principal.

Kitano c’est LE NOM à connaître quand on se targue d’aimer le cinéma japonais! Voilà!

Final du film

httpv://www.youtube.com/watch?v=bT5_My6X3w4

Dame Ginette

Rubrique Cinéma Japonais 24 février 2011

Le film d’aujourd’hui

AUDITION

Aujourd’hui je vais vous présenter un film de Takashi Miike, Audition, le premier film de ce pourtant prolifique réalisateur à être sorti sur des écrans francophones, en 1999. Audition c’est un film troublant, glissant, qui parle d’amour, et qui tourne autour des obsessions d’un homme troublé par la femme qu’il a rencontrée, et de leur relation qui va très doucement déraper. Mais, comme de coutume voici tout de suite la bande annonce :

httpv://www.youtube.com/watch?v=yhsrsWcEspc

Résumé

Aoyama 42 ans, veuf depuis sept ans, vit seul avec son fils adolescent. Il supporte difficilement la solitude et cherche à tout prix à se remarier. Pour trouver l’épouse qui lui conviendrait il décide, sur les conseils d’un ami producteur, d’organiser un faux casting pour une série télé fictive. Parmi les centaines de candidates, il va trouver la perle rare, Asami, une jeune femme timide à la troublante beauté. Subjugué par son charme, il en tombe éperdument amoureux et cherche à la revoir. Mais plus il la rencontre, et plus il découvre qu’Asami a un comportement bizarre, un passé mystérieux et n’est peut-être finalement pas l’épouse idéale.

A propos du film

Le plus difficile avec ce film, est de ne pas tout vous dévoiler, ce qui gâcherait particulièrement le plaisir qu’il procure, si on peut parler de plaisir. Un mot sur l’auteur alors, Takashi Miike.

Takashi Miike a appris avec un très grand Monsieur, Shoei Immamura (qui a réalisé l’anguille et gagné deux palmes d’or à Cannes) et est dans son pays un réalisateur représentatif de cette nouvelle génération de cinéastes Nippon qui nous délivrent des histoires singulières tant sur le fond que sur la forme. Les oeuvres de Miike, pour elles la diversité, le nombre (près de 4 films par an) mais surtout le désir de l’expérimentation constante, l’émancipation des tabous, et une brute impertinence. Mais il est aussi capable d’extraordinaires envolée lyriques comme dans le fabuleux film The bird people in China, que je vous recommande aussi vivement. Ici, dans Audition, Takashi Miike adapte un roman de Ryu Murakami, et lorsque l’on connaît le monde de cet écrivain qui traite souvent de solitude, tristesse, déviances, sexe, mort et autres violences on comprend aisément que le résultat à l’écran soit si… disons… décalé. Murakami est l’auteur entre autre, des bébés de la consigne automatique.

Mais je reviens sur le film. La principale réussite d’Audition est d’emprunter une structure d’abord très classique, pour mieux en bouleverser peu à peu les règles et nous plonger gentiment par petites touches subtiles et léger dysfonctionnement successif dans ce qui va s’avérer devenir un véritable cauchemars pour le personnage principal. Et c’est cette finesse et surtout son final qui donne au film son caractère profondément marquant, troublant et qui vous laissera j’en suis sûre une trace indélébile.

Ce petit cri d’animal enjoué, « kidi kidi kidi kidi », c’est la scène apothéose du film, où l’on voit la jeune femme torturer son bienfaiteur à l’aiguille, telle la ninja de l’acupuncture…

Pour l’extrait ci-dessous (10 minutes de tortures et le killikillikilli vers 4min50 environ) âmes sensibles s’abstenir…

httpv://www.youtube.com/watch?v=2LLYYxsxm-k

Et oui, Audition c’est aussi, en creusant un peu, la revanche de la Femme avec un grand F sur cette société japonaise profondément masculine asservie par ces fantasme, et qui exploite trop les femmes. Ce qui fait que, associé à son traitement étonnant et détonnant, Audition peut et DOIT être considéré comme un film culte à voir absolument.

LA MUSIQUE DU FILM

La bande originale d’Audition est signée par Koji Endo. Le monsieur est compositeur et musicien, et si les musiques de film d’horreur et de suspens ont fait sa réputation, (il a aussi à son actif plus de 20 film avec Takashi Miike) le virtuose à un autre domaine de prédilection: le jeu vidéo. C’est d’ailleurs à lui que nous devons la musique du célèbre Zelda, et rien que ça, ça vous assied un bonhomme.

Si l’ambiance musicale d’Audition n’est pas ce qui marque à priori – très peu de musique finalement ou à peine audible, un peu de piano par ci par là – c’est que ce sont les dialogues et toute l’ambiance sonore qui prennent toute la place: sons inquiétants, silences pétrifiants ou sifflements aigûs à se faire grincer les dents…

La chanson du générique de fin, est franchement déconcertante de par son côté bonne humeur ou du genre conclusion d’un film d’action bon enfant… à mille lieues de la fin tragique et insoutenable que l’on vient de nous servir à la fin du film! Un morceau qui marque néanmoins par ses résonances pop très très typées asiatiques.

Je termine sur ce film par une grande mise en garde. Si Audition peut être considéré comme culte et génialissime il n’est cependant pas à mettre devant toutes les paires d’yeux car il comporte des scène d’horreur choquante qui pourraient ébranler plus d’une sensibilité. Il n’est cependant pas à classer complètement dans cette catégorie non plus. Ne commencer pas votre initiation au cinéma Japonais par audition, mais si vos nerfs vous le permettent, jetez vous dessus à la seconde occasion… Voilà… Killikillikilli

Dame Ginette

Rubrique Cinéma Japonais 23 février 2011

Le film d’aujourd’hui

L’ETE DE KIKUJIRO

Aujourd’hui c’est toute émotionnée que je vous présente un bijoux de film, une ode à l’enfance, aux souvenirs d’été, à la mélancolie, celle qui fait sourire… L’été de Kikujiro, sorti en 1999, ou LE film qui m’a fait découvrir le cinéma japonais, LE film qui m’a appris que voir un film en version originale transcende et exalte le plaisir de consommer une œuvre dans son entier, et finalement, LE film qui m’a fait rencontrer le monde merveilleux et délirant de Takeshi Kitano, l’homme aux mille visages…

httpv://www.youtube.com/watch?v=te5gmO6nj9w

Résumé

C’est l’histoire d’un gosse de Tokyo, Massao, dix ans, qui vit avec sa grand-mère. C’est le début des vacances d’été, et si les premiers jours, ça l’amuse de courir partout, et de s’inventer des jeux de son âge, il est quand même tout seul, et assez vite, il s’ennuie grave. Et puis il rencontre un gaillard bizarre, nommé Kikujiro, un vieux yakusa de 50 ans, un peu grossier, un peu voleur, mais gentil dans le fond. C’est avec lui que Massao va tailler un bout de route à la recherche de sa maman, qu’il n’a pas vue depuis longtemps – la seule information connue est qu’elle vit au bord de la mer… Le duo improvise alors leurs moyens de locomotion à travers le pays et vont rencontrer, lors de leur périple, un petit groupe de personnages insolites…

L’été de Kikujiro est considéré à la fois comme l’œuvre la plus amusante et la moins travaillée de Kitano. Destiné à toute la famille, le film fut inspiré du Magicien d’Oz, dont les prémisses sont un road trip. Si les éléments récurrents de l’œuvre de Kitano sont présents: dessins, vignettes, bords de mer, temples et anges, le thème du gangster, pour lequel Kitano est connu jusqu’alors, est très peu présent, prouvant au public qu’il est capable d’autres genres!

Le personnage de Kikujiro est joué par Takeshi Kitano lui-même, et, pour la petit histoire – et là je vous donne l’info qui va faire de vous des vrais connaisseurs: lorsque Monsieur Kitano réalise, on voit au générique son nom de metteur en scène « Takeshi Kitano », et lorsque Monsieur Kitano joue un rôle, au générique, on lira « Beat Takeshi », son nom de scène. Donc dans un même générique, comme dans l’été de Kikujiro, vous lirez « réalisé par Takeshi Kitano », avec « Beat Takeshi », et vous croirez que c’est deux personnes différentes! ET BEN NON!!!! C’est le même. Ah, les artistes…

Quoi qu’il en soit, Beat ou Takeshi ou les deux, KITANO, c’est un nom à retenir dans la liste des cinéastes japonais. Ce mec, c’est déjà une légende. Sa vie pourrait facilement servir de scénario à un film, tant son existence fut riche et passionnante. Aujourd’hui âgé de plus de 60 ans, son CV contient quand même les métiers suivants: acteur, réalisateur, scénariste, auteur, producteur et monteur. Mais que ne fait-il pas??? Je vous épargne sa biographie complète, il y a trop de matière, il aurait fallu une émission de deux heures par jour qui lui soit entièrement consacrée pour en venir à bout…

Alors restons sur Kikujiro. Un personnage, fascinant, qui bouffe la lumière et vole la vedette aux autres comédiens dès qu’il apparaît à l’écran – il a une « tronche » comme on dit. Il a perdu la mobilité d’une partie de son visage lors d’un accident de moto, et il lui reste un espèce de tic qui le fait cligner de l’oeil toute les 10 secondes… Je vous dis ça, pas que vous croyiez que ça fait partie de la composition du personnage, comme on pourrait le croire, tant cela ajoute à son rôle. Il est comme ça. Il est tiqué. Dans tous ses films. Et ça ajoute à l’empathie du spectateur pour le bonhomme, le sentiment qu’il nous est, quelque part, un peu familier…

Ce qui est si chOOOOOOli dans cette histoire c’est le duo amusant du jeunot et du vieux roublard. Brute et gaffeur, Kikujiro devient de plus en plus agréable vis-à-vis de Massao, tentant par tous les moyens de le divertir avec ses idées farfelues… Alors bien sûr, ce faisant, il divertit aussi le spectateur, avec brio! Ces petites trouvailles qui sortent de l’ordinaire, donnent lieu à des scènes délirantes où Kikujiro fait usage d’une bande de gai-lurons chopé au passage pour faire marrer encore plus le petit… Des scènes d’ailleurs pour la plupart improvisées avec les acteurs, ce qui rend le tout encore plus vivant! Alors forcément l’homme et l’enfant finiront par s’attacher complètement, le vieil homme va gagner en humanité, au bout du compte. C’était prévisible mais, c’est fait avec tellement de sensibilité, d’humour et de burlesque, qu’en tant que spectateurs au coeur d’enfant, on est surpris, ému, conquis.

LA MUSIQUE DU FILM

Ah la musique ! Que vaudrait un film de Kitano sans la musique de Joe Hisaishi? Oui LE fameux, rappelez-vous ce que j’en disais mardi: il est à la musique de film japonais ce que John Williams est à la musique des films de Spielberg!

Voilà une des bandes originales les plus belles DU MONDE!!! Le musicien y a composé des morceaux planants, gigantesques, attirant le spectateur subjugué dans des méandres de sons et de lumières. C’est un tout, un lien magique entre l’image et le son, l’histoire et l’harmonie musicale. Des notes apaisantes, aériennes, douces et mélancoliques…

Allez, on se détend, on ferme les yeux, on écoute…

httpv://www.youtube.com/watch?v=CjXvptz3pW8

Bon, vous j’sais pas, mais moi, j’ai versé ma petite larme… je trouve que même si on a pas pas vu le film – cette musique déclenche des choses à l’intérieur de soi qui font presque peur tellement ça fait tout du bien, tout du chaud au coeur, tout de la nostalgie qu’on sait pas d’oú elle vient…

Ok hein, y a un côté triste, mais on va pas finir la dessus, c’est quand même joyeux, comme le film, c’est un océan de bonheur à perte de vue! L’été de Kikujiro, en 1999, c’était l’été de tous les miracles, pour le cinéma japonais, pour les spectateurs, pour Kitano… Loin de ses oeuvres violentes, l’auteur nous livrait à l’époque son film le plus lumineux.

D’ailleurs, celui-là, plus que tous les autres, OUI, je vous SOMME de le voir! Même si vous devez braver la loi et télécharger, et bien, téléchargez que diable!!!!!

Ici le site de Takeshi Kitano

Dame Ginette

Rubrique Cinéma Japonais 22 février 2011

Le film d’aujourd’hui

DEPARTURES

Alors, malgré mon jingle de ninjas hargneux, vous saurez, chers auditeurs, que le cinéma japonais, ce n’est PAS QUE ça… La preuve aujourd’hui entre autre avec le film dont je vais vous parler, Departures, le film le plus récent de ma chronique, puisque l’année dernière encore il était projeté sur les écrans romands. C’est un film de Yojiro Takita, « Departures » donc, « Départs » en français – ça c’est facile – et « Okuribito » en japonais! Une comédie douce amère qui nous décode un des rituel les plus fascinants de la culture nipponne: l’art de la préparation des défunts avant la crémation…

httpv://www.youtube.com/watch?v=yOBkw_hr208

Outre les dizaines de prix internationaux et japonais que le film a raflé, il faut souligné que c’est lui qui est reparti avec l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère à la fameuse cérémonie de 2009!

Résumé

Le personnage principal, c’est Daigo. A la base, sa passion c’est le violoncelle, dont il joue avec talent dans un orchestre de Tokyo. Au début du film, Daigo apprend que l’orchestre est dissous, faute de financements. Terrassé mais solide, Daigo prend sa femme et son violoncelle sous le bras et repart s’installer dans sa province natale, petite bourgade grisouille dans le froid de l’hiver. Première chose à faire, trouver un travail. En épluchant les petites annonces, Daigo repère un emploi – et c’est vraiment écrit comme ça – «d’aide aux départs». Super! une agence de voyage, se dit-il! Que nenni. C’est en allant se présenter à l’adresse qu’il découvre avec stupeur qu’il s’agit d’une entreprise de pompes funèbres. Mais voilà, Daigo doit faire les poings dans ses poches et accepter le poste, par réelle nécessité financière. Par contre, il se cachera bien d’avouer à sa femme, ni à quiconque d’ailleurs, la nature de son nouveau travail. Pourquoi? Et bien parce qu’au Japon, cette activité et franchement incomprise et carrément taboue. Lorsque la vérité lui échappera, son couple n’y survivra pas… Invraisemblable non? Le patron des pompes funèbres le prend alors sous son aile, et Daigo, contre toute attente, finira par sincèrement aimer son travail et le pratiquer avec beaucoup de respect et de grâce…

A propos du film

On assiste dans le film à de nombreuses scènes d’enterrements (12 je crois), cela va de soi, c’est le sujet! Et la préparation du corps, disons, la toilette du défunt, se fait généralement – selon la tradition – devant toute la famille réunie. Pas évident donc, c’est presque une prestation d’artiste. Si un sentiment de recul au début, même pour nous européens, nous met mal à l’aise, ça ne dure pas longtemps, car on est vite subjugués par la beauté du geste, magnifié par tant de pudeur, la chorégraphie du rituel, comme une danse silencieuse, et on se prend dès lors à ne pas comprendre pourquoi ce métier suscite tant de répugnance auprès des gens, alors que la grande sagesse de ces professionnels est avant tout le respect du deuil et du chagrin…

Attention, je le sens bien que déjà vous pensez que c’est un film chiant! Et bien non, de loin pas. Car le réalisateur, Yojiro Takita, est quelqu’un d’éclectique dont la carrière cinématographique a voyagé de la comédie aux films de samouraïs, en passant par de la série érotique. Il en connaît donc un rayon, et a saupoudré Departures, sobre de par son sujet, d’une pincée d’absurde et d’un soupçon de décalage qui rend la recette simple mais efficace. Et je tiens à souligner que ce film, à sa sortie, plus qu’un succès critique a été un fulgurant succès PUBLIC. Et finalement, c’est ça qui a du poids. Pour exemple, à Lausanne, le film a été projeté durant plus de 6 mois! Le bouche à oreilles à fonctionné à merveille.

Il faut avouer que le sujet – La Mort, houououououou – n’est pas très vendeur… Pari donc risqué. Toute façon à la base le film n’était pas prévu à l’exportation. Il y a donc eu un petit miracle!

Ok, y a pas mal de morts dans le film (forcément), mais il y a aussi beaucoup de vie!!!

Et puis il y a la beauté de l’image, illustrée sur 4 saisons, du pur lyrisme visuel, et la musique, bien sûr, berçant la fable de bout en bout à coup de violoncelle à te refiler la chair de poule. – Oui, même si normalement t’écoutes du death métal.

LA MUSIQUE DU FILM

Oui alors la musique… si vous m’avez écouté, vous avez capté que le personnage principal, Daigo, est un féru de violoncelle. Donc, la musique c’est surtout…. de la tompette. Mais non, du violoncelle, merci à ceux qui suivent…

Et devinez à qui a été confiée la bande originale de Departures? Le seul, l’unique, Joe Hisaishi. Ca vous dit rien en fait pour l’instant… Mais vous saurez que sur les 9 films dont j’ai choisi de vous parler cette semaine – et je vous jure j’ai pas fait exprès – Hisaishi est le compositeur de 4 des films. Quand on connaît un peu son travail, d’ailleurs, et là c’est la frime, on parvient même à reconnaître sa pâte dans moult films japonais, sans prendre trop de risques. Mais ça ne veut pas dire qu’il fait toujours la même soupe! Ben non. C’est juste que Joe Hisaishi est à la musique de film japonais ce que John Williams est à la musique des films de Spielberg: indissociable! En plus depuis peu, Monsieur Hisaishi est demandé de tous les côtés, hors Japon aussi, ce qui en fait l’un des dix compositeurs les plus talentueux DU MONDE!!!!

Il a su pour Departures faire la part belle au violoncelle qui s’accorde parfaitement au ballet rempli d’amour des mains de l’embaumeur lors de ses préparatifs sacrés…

Voilà, c’est le moment de conclure sur Departures, et je vais encenser encore un peu ce petit bijoux: JAMAIS la mort n’a été traitée avec autant de délicatesse et de tendresse au cinéma. Chapeau bas, très très bas! La culture japonaise est le summum, le top de la politesse et de la gestuelle raffinée. On peut tous être touchés, émus, convaincus! Il est disponible en DVD depuis peu, mais déjà en rupture de stock… dommage hein?!

Dame Ginette

Rubrique Cinéma Japonais 21 février 2011

Le film d’aujourd’hui
NOBODY KNOWS

Aujourd’hui, on rigole pas. Non, cccchhhuuuut, qui c’est qui rigole??? Stop. Aujourd’hui c’est triste. Alors on baisse la tête et on écoute solennellement l’histoire de Nobody Knows, ou l’histoire vraie d’une poignée de frères et soeurs livrés à eux-même dans un appartement de Tokyo, abandonnés par leur mère… Oui je sais c’est horrible… mais le film est bien. Si si, j’vous jure. Vous croyez qu’la vie c’est regarder que des films marrants et débilisants, sans consistance pour le cerveau??? Moi je vous propose de la consistance cinématographique… Na.

Ici la bande annonce

Sorti sur les écran en 2003, et réalisé par Hirozaku Koré-Eda, Nobody Knows est tiré d’un fait divers réellement survenu en 1988 dans lequel quatre enfants avaient été abandonnés par leur mère pendant 9 mois dans leur appartement au Japon.

Qu’est-ce qu’on bien pu faire ces gosses pendant neuf mois tous seuls dans un appart’, avec quasi par d’argent? C’est ce que le réalisateur s’est demandé en écrivant ce film, tentant de ne pas monter l’enfer probable qu’ils ont pu vivre mais plutôt la richesse de leur vie, vue de l’intérieur.

Résumé

En plein Tokyo, quatre enfants, tous de pères différents, vivent seuls dans l’attente du retour improbable de leur mère. Pas un parent, pas un voisin ne s’en inquiète, car personne ne soupçonne leur existence. Aucun ne va à l’école. Seul l’aîné a la permission de sortir, pour aller faire les courses, subvenir aux besoins de la famille. Lorsque la mère disparaît pour de bon, laissant derrière elle un peu d’argent, les enfants s’amusent tout d’abord de cette situation incongrue: les interdits s’écroulent, la maison devient terrain de jeu, le supermarché un parc d’attraction, et la rue le lieu de toutes les aventures. Puis, livrés à eux-mêmes, forcés de se comporter en adultes dans un environnement de plus en plus hostile, ils glissent peu à peu, de manière presque imperceptible mais néanmoins inexorable, dans un état de délabrement physique et moral…

Commentaire

Suivant une ligne proche du documentaire, Kore-eda ne laisse certes planer aucun suspense, aucun espoir de happy end: il ne s’agit pas de savoir si les enfants vont s’en sortir, mais plutôt combien de temps ils vont tenir. Le film porte un regard tendre sur cette famille orpheline, que l’on suit au fil des saisons, sans tomber dans le misérabilisme qu’une histoire pareille pourrait évoquer.

Ok, c’est un contre cruel, mais, sous la moiteur et l’horreur des images, se dessine une trace d’espoir indélébile… En fait, Nobody Knows possède la force des meilleurs films d’auteur japonais contemporains et se présente comme un chef-d’œuvre délicat sur l’enfance brisée…

Et ça touche, forcément, comme un crève-coeur. A moins que vous n’ayez pas de coeur. En tant cas, on ressent à la vue de ce film, comme une solidarité viscérale pour ces gosses qui n’ont de fautes à expier que celle de leur mère…

A Cannes, en 2004, le jeune garçon de 14 ans qui joue l’ainé de la famille a reçu le prix d’interprétation masculine. Ce fut le plus jeune comédien récompensé sur la Croisette!

En parlant des acteurs, il est intéressant de noter que Koré-Eda n’a pas fait lire de scénario aux enfants, et a fait peu de répétitions, adaptant certaines situations à la personnalité des comédiens. Comme par exemple le choix de la nourriture dans certaines scènes! Pour la petite histoire, le tournage s’est déroulé dans l’ordre chronnologique du film (ce qui est rare), pendant 3 saisons. Les enfants ont vraiment grandi, mûri, au fil de l’histoire, comme dans la vraie vie. Les changements physiques et psychologiques des jeunes comédiens se sont développés en parallèle. Au cours du tournage, la voix de l’aîné a mué. Au début, il était timide, alors qu’à la fin du tournage, c’est lui qui menait le groupe! Comme dans le film! Le cinéma, c’est de la fiction, mais finalement, c’est aussi un bout de pellicule sur lequel se greffe un bout de vie des gens… C’est beau.

LA MUSIQUE DU FILM

Pour illustrer de façon sonore, la conclusion de cette histoire triste mais belle, je vous propose la chanson que l’on entend au générique de fin (d’ailleurs, bande de petits malins, dorénavant, au cinéma, on reste assis pendant le générique de fin, hein! La musique choisie fait aussi partie de l’œuvre, en plus, on peut trouver plein de prénoms marrants pour ses futurs enfants!!!). Cette chanson est interprétée par Tate Takako, pour l’anecdote, la chanteuse, c’est la caissière de la supérette dans le film…

Pour conclure, ce genre de films «consistants», comme je le scandais au début de ma chronique, j’voudrais quand même souligner, trois fois même, qu’en Suisse, on a la chance de pouvoir les voir au cinéma! Et celui-ci, c’est grâce à Trigon qu’il est arrivé jusque chez nous.

Trigon, c’est un distributeur suisse qui s’engage depuis les années 80 pour un cinéma de qualité en provenance des pays du Sud et de l’Est. C’est grâce à Trigon que nous pouvons voir depuis plus de vingt ans, sur nos écrans, du film d’auteur en provenance d’ailleurs, des perles rares asiatiques, africaines, indiennes, sud-américaines…

Je vous invite d’ailleurs vivement à découvrir le site internet de cette association, Trigon-film, parce que tout les films de leur catalogue sont disponibles en DVD, comme Nobody Knows, et qu’on peut les commander en deux clics de souris, se faire livrer à la maison, et voyager vers une autre dimension cinématographique bien calé dans son canapé, sans payer de billets d’avion! Elle est pas belle la vie?

Ici le site Trigon Film

Dame Ginette

Rubrique Cinéma Japonais 20 février 2011

Le film d’aujourd’hui
UNE ADOLESCENTE

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un film réalisé en 2001 par Eiji Okuda, Une adolescente. Il s’agit d’une romance troublante entre une jeune fille en plein âge tendre et un flic qui pourrait clairement être son père… On assiste donc à des scènes que certains pourraient juger dérangeantes, et c’est pourquoi le film fut, à sa sortie en salle, interdit aux moins de 16 ans. Mais ce film, c’est beaucoup de poésie à l’image et une maîtrise toute japonaise dans l’art de traiter un sujet un peu tabou, d’une manière magnifiquement sensuelle et digne du plus grand intérêt. On écoute la bande-annonce….

Ici la bande annonce

Résumé

Le héros du film, Tomokawa, est un simple policier dans une petite ville de province. D’un naturel plutôt oisif mais apprécié pour sa rare efficacité à retrouver les chiens volés, il voit sa vie basculer le jour où il rencontre Yoko, une adolescente de quinze ans. La jeune fille, attirée par le tatouage que Tomokawa porte dans le dos – un oiseau ailé qu’elle reconnaît être l’œuvre de son grand père – entre sans réfléchir dans un jeu de séduction avec l’homme. La jeune Yoko n’est de toute évidence pas une adolescente comme les autres… Introvertie, elle semble, malgré sa jeunesse, porter de lourds fardeaux. Délaissée par sa mère, elle vit seule avec son grand-père malade et son jeune frère handicapé. Et c’est dans ce contexte familial difficile, qu’elle va se jeter à corps perdu dans cette relation hors du commun, comme une échappatoire vitale. Évidemment, leur liaison n’est pas approuvée par tout le monde, et surtout pas par la mère de Yoko, elle qui était folle amoureuse de Tomokawa, quelques années auparavant…

A propos du film

Le cinéaste Eiji Okuda est d’abord connu au Japon en tant qu’acteur. Une adolescente est sa toute première réalisation. Il a été récompensé en 2002 des Grands Prix du Festival de Paris et de l’American Film Institute. La jeune fille qui tient le rôle titre, véritable perle rare, c’est Mayu Osawa dont c’est ici son premier rôle au cinéma. La petite a été sélectionnée parmi 600 candidates et a déjà remporté deux prix d’interprétation féminine. Le tournage a duré un mois et la jeune comédienne avait à l’époque fait preuve d’une maturité exemplaire en décidant de se couper complètement de sa famille et de ses amis pendant toute la durée de l’expérience afin de mieux entrer dans son personnage, qui est plutôt introvertie, solitaire et peu loquace…

Un fait très intéressant sur ce film est qu’il dénonce – bien que de façon anecdotique – un problème de société grave au japon: le Enjo Kosai, qui signifie littéralement «relation subventionnée». C’est le terme qui désigne la prostitution des adolescentes en uniforme (l’uniforme scolaire). Et là, on plonge directe dans le Japon des fétichistes. C’est bien connu, la jeune étudiante en collant de laine, tout comme l’infirmière en blouse blanche, ça fait fantasmer les hommes.

Mais le film ne fait que survoler le phénomène et n’en fait pas son propos: la poésie est ailleurs. Sous des apparences de simplicité candide, cette œuvre du cinéma japonais plonge le spectateur au cœur d’une belle méditation sur la vie, la société et l’amour de deux êtres – au-delà de leur âge. En plus, l’entreprise était risquée! Comment parler de l’amour entre un homme à la quarantaine bien sonnée – un policier plutôt louche, ne négligeant ni l’alcool ni les femmes – et une adolescente de 15 ans, sans tomber dans le récit à scandale (genre portrait d’un vieux pervers…) ou le mélodrame sans goût. Et bien le pari est gagné, grâce à la pudeur extrême avec laquelle il filme sa jeune actrice, mais aussi les nombreux personnages secondaires qui viennent apporter une touche de réalisme à cette histoire d’amour improbable.

LA MUSIQUE DU FILM

L’auteur de la bande originale de ce film – Shiguru Umebayashi est pas mal célèbre… Il est le compositeur de la musique de plus de 40 films, japonais et chinois. Il a travaillé sur le Secret des poignards volants, ça vous devez connaître (oui là on passe en Chine, désolée, petite incursion), et aussi pas mal pour Wong Kar Wai, chinois également, sur 2046 et In the mood for love, d’ailleurs, le thème musical de ce dernier est ultra connu, impossible qu’il ne vous dise rien <ici un petit bout du fichier audio « 01 Yumeji’s Theme.mp3 »> ça ne vous dit rien???? Allez!!! Il faut vraiment vous faire une cure de cinéma asiatique, ça vous fera du bien, promis!

Si on revient sur la musique d’une adolescente, notre compositeur au nom tellement imprononçable que je ne le répèterais pas une deuxième fois, orchestre une ambiance sonore toute en violons et violoncelles envoutants, une musique très classique finalement, et d’ailleurs ce n’est pas là dessus que j’ai envie d’insister. Non. Fait assez rare pour être mentionné c’est qu’à la fin du film, on entend une très jolie chanson française de Pierre Barouh intitulée ‘Le courage d’aimer’, et c’est celle là que je vais vous faire écouter dans quelques instants. A savoir que Pierre Barouh a écrit les paroles de la chanson « un homme et une femme » mais aussi plusieurs texte pour Yves Montand, Nicole Croisille, Richard Berry, Nana Mouskouri ou Mireille Mathieu. C’est pas beau tout ça pour clore un film japonais? Au fait Mireille Mathieu, elle est morte? Non? Oui? Si quelqu’un sait…

Pour conclure sur ce film, Une adolescente, ce n’est PAS un film outrageant, bien au contraire, c’est une histoire d’amour, une superbe histoire d’amour à laquelle on s’attache, et la mise en scène poétique et photographique enveloppe le spectateur avec force et délicatesse ce qui donne un film extrêmement représentatif du cinéma d’auteur japonais, à mille lieues des ninjas hargneux et des mangas survoltés…

Ici bas  un extrait de la scène du tatouage

httpv://www.youtube.com/watch?v=caez3mPVnKI

Dame Ginette

Rubrique Cinéma Japonais 19 février 2011

Les Films D’aujourd’hui
Princesse Monoké de Miyazaki

httpv://www.youtube.com/watch?v=U0YjjJwwFd8

Mon Voisin Totoro de Miyazaki

httpv://www.youtube.com/watch?v=pp9PDj_zb1k

Vaaaaaste sujet que le bon cinéma japonais… Parce que l’art cinématographique nippon est aussi riche qu’il est varié et ne peut être placé sous aucun autre signe que la qualité, bien qu’il puisse aussi enfanter, c’est vrai, de mémorables daubes… Mais des grands maîtres aux noms mythiques tel que Immamura, Kitano, Miyazaki, Miike j’en passe et des meilleurs doivent forcément errer dans un coin de votre tête, vous avez dû en entendre parler une fois ou l’autre! Non? Alors je vais vous aider… La sélection n’a pas été évidente… J’ai fait mon choix dans le cinéma japonais «contemporain» donc, ouf, pas de vieux film en noir et blanc, pas non plus de série B de Ninja douteux. Que du bon, que du select. Si vous ne voulez voir que 9 films japonais dans votre vie, suivez ma chronique toute la semaine, je vous rencarde, et c’est gratuit!

On entre dans le vif du sujet avec du film d’animation. Alors oui, les mangas tout le monde sait que c’est les japonais qui déchirent avec ce créneau… Sauf que c’est pas le sujet. Moi je vous parle de cinéma: et côté long-métrages, il y a un nom à connaître: Ghibli.

Ghibli c’est quoi? C’est le Disney asiatique. Un studio d’animation où foisonnent les talents aux yeux bridés, et qui milite pour des œuvres en 2D de qualité technique irréprochable, faits à l’ancienne, c’est-à-dire «à la main», dont le contenu scénaristique doit toucher aussi bien les jeunes enfants que les adultes.

Ces Studios ont été créés en 1985 par Hayao Miyasaki et un ami à lui, Isao Takahata.

Miyasaki, vous connaissez sans doute de nom, c’est à qui l’on doit Nausicaa (son premier long métrage), Kiki la petite sorcière, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro, Le château ambulant ou encore Ponyo sur la falaise pour n’en citer que quelques-uns.

Mais attention tout ce qui est estampillé «Ghibli» ne vient pas forcément de la main du maître, et beaucoup de spectateurs d’ailleurs, encore aujourd’hui, se méprennent. Par exemple, Pompoko, c’est pas lui, c’est Isao Takahata, et Les Contes de Terre et mer, c’est pas lui, c’est Goro Miyazaki, Le tombeau des lucioles non plus, c’est pas lui, c’est Isao Takahata! Mais Monsieur Hayao n’est jamais très loin, c’est souvent lui qui souffle une idée, et parfois, qui écrit le scénario. Car le studio Ghibli, depuis ses débuts, soutient de plus jeunes auteurs et produit quantité d’œuvres de différents réalisateurs. On a tendance à mettre tout dans le panier Miyasaki, car les dessins semblent sortis du même catalogue et les histoires, toujours riches et originales, ont l’empreinte éthique qui s’y rapporte. En l’occurrence, c’est l’éthique d’un Studio, tout comme Disney quoi, et Disney n’aligne pas toujours les mêmes réalisateurs à ses créations. Ben non. En fait, c’est même pas de votre faute si vous confondez, car commercialement, c’est vachement vendeur d’écrire sur l’affiche Hayao Miyasaki en grand, en tout petit ce sera écrit «sur une idée de», et le nom du vrai réalisateur est juste oublié par le graphiste… oups…

Mais bon voilà, quiproquo levé, il vous faut donc savoir que les studios Ghibli, au Japon, c’est désormais un véritable phénomène! On ne compte plus à quels points les produits dérivés et les personnages créés par le studio ont envahi l’imaginaire collectif japonais. A l’instar d’un parc d’attraction comme chez les américains pour Mickey et compagnie, il existe un musée Ghibli, incontournable pour tout ceux, petits et grands, que l’univers richissime de la compagnie japonaise fait rêver depuis maintenant plus de 25 ans.

Totoro, qui est quand même l’emblème du Studio, ou la rencontre extraordinaire de deux petites filles avec un gros nounours tout doux, esprit protecteur de la forêt, une créature fascinante qui peut voler, et qui a plus d’un tour dans son sac! Un film sorti en 1988 (ça ne nous rajeunit pas…) qui présente le Japon tel qu’il était dans les années 50, avec des paysages verdoyants à perte de vue, ou quand la nature et l’homme était encore en harmonie…

Un des films les plus emblématiques des Studios Ghibli, Mon voisin Totoro est en quasi-totalité descriptif, avec très peu d’intrigue ou de suspense: l’histoire est simple mais bourrée de symboles sacrés au Japon. Et incroyable mais vrai: même si on cherche bien, on ne trouvera dans ce film ni violence ni grossièreté, ni méchants. Totoro, c’est tout simplement un poème…

Dans une esthétique parfaite, chaque plan a été écrit comme un hymne à la nature. D’ailleurs on note dans beaucoup de films produits par le studio, une valorisation des principes de l’écologie et une intarissable volonté de voir l’homme et la nature vivre en harmonie… Un autre exemple de ce point fort: le film Princesse Mononoké, en français «la princesse aux esprits vengeurs». Sorti en 1997, ce film, ce conte, que dis-je, cette quête écologique est un grand film épique, une ode à la conscience sur fond de japon médiéval. Un pur moment de divertissement qui fait franchement du bien aux neurones, où l’on rencontre un dieu sanglier malade, un dieu cerf, Mononoke, une jeune fille sauvage élevée par des loups, Dame Eboshi, la méchante forgeronne, et Ashitaka, le jeune héros aussi beau que courageux…

Alors bon. C’est un chefs-d’œuvre, que quelqu’un ose dire le contraire… Le film a monopolisé l’ensemble des Studios Ghibli pendant trois ans! Son succès fut tel, battant à l’époque des records de fréquentation au Japon, que Miyazaki, qui voulait prendre sa petite retraite tranquille, changea d’avis et décida de mettre en chantier le Voyage de Chihiro qui fut le succès et l’œuvre que l’on connait. Merci Miyasaki!

Presque 10 ans après Totoro, on reste sur le thème de l’environnement, sauf que cette fois, Miyasaki décide de changer l’image gentillette et idyllique de l’humain face à la nature. Finit le temps de l’harmonie, voici le temps du combat!!! Alors oui, Mononoké est un film plus sérieux et plus complexe que les précédents films du même auteur, il est plus réaliste, et en tire sa dimension captivante, voire additive!

Oui, parce que, sachez que même si vous n’êtes pas particulièrement friands de dessins animés, en fait même si vous détestez ça, et même si vous haïssez le cinéma en général au point que la simple vue d’une affiche de film vous donne envie de vous arracher les dents une à une à la tenaille, vous allez aaaadooooooorer Princesse Mononoké. Ce film, c’est du pur génie, un régal.

Mais un régal qui n’est pas à mettre tout de suite devant les yeux de nos petits chérubins car il comporte sa dose de violence, qui bien que jamais gratuite, mérite tout de même de les laisser grandir un peu avant de leur proposer ce film…

Voilà, Princesse Mononoké. Plus culte et indispensable que ça, on trouve toujours mais faut bien chercher…

Alors pour récapituler, vous connaissez maintenant LE meilleur studio d’animation, LE réalisateur culte du genre, et LES films indispensables à votre dvdthèque! Chers parents, si vous cherchez une alternative aux mièvreries sans fin de Walt Disney, vous frappez à la bonne porte, chez Ghibli, le contenu du catalogue est intelligent, instructif et drôle, il y a de quoi faire… Prochaine sortie au cinéma: Arrietty, de Hiromasa Yonebayashi, avec des tout petits personnages qui vivent sous le plancher d’une vieille maison – un peu comme les minipouces – mais il faudra attendre cet été pour le voir! A moins d’avoir la chance de gagner un billet de cinéma tout au long de cette semaine, en écoutant la rubrique et répondant à la question du concours…

Dame Ginette