Rubrique Cinéma Japonais 27 février 2011

Le film d’aujourd’hui

STUPEUR ET TREMBLEMENTS

Dernière rubrique cinéma, et pour clore cette thématique japonaise, j’ai choisi un film… français!!! Et oui. Mais un film français dont le propos c’est le Japon, et qui se passe dans l’une des entreprises qui occupent une tour dans la forêt de buildings de Tokyo. Je vous parle de Stupeur et Tremblements, d’Alain Corneau, sorti en 2002 et adapté du roman éponyme écrit par Amélie Nothomb.

Le film est intégralement en japonais, hormis la voix off du personnage principal, joué par Sylvie Testud, qui est en français. Mais l’actrice a appris ses dialogues en japonais pour le film et c’est du pur délice de la voir s’exprimer dans cette langue si mystérieuse pour le commun des mortels… Elle a d’ailleurs reçu le César de la meilleure actrice pour sa prestation!

Ici la bande annonce

C »est donc l’histoire d’Amélie, une jeune femme d’origine belge, qui a en fait passé son enfance au Japon, et qui décide, après des années d’expatriation en Europe, de revenir à Tokyo pour y vivre, y travailler et tenter de s’intégrer à cette société japonaise qu’elle admire tant. C’est en fait l’autobiographie de l’auteure du roman, Amélie Nothomb, c’est un bout de son histoire à elle, retranscrite ici pour le cinéma, dans un film jouissif, drôle et à la fois terrible, dont la voix off fait références aux vrais passages du roman, ligne pour ligne.

Pour résumer, son parcours d’un an chez Yumimoto se résume en une déchéance cruelle et injuste: du poste initial de traductrice elle achèvera son séjour dans l’entreprise au poste peu reluisant de « dame pipi »… Dans un dédalle hiérarchique à couper au couteau, Amélie n’est qu’un pion, qu’il faut occuper.

Donc, Amélie débarque dans cette grande entreprise japonaise, chez Yumimoto, et c’est un grand honneur pour elle. C’est ce qu’elle voulait. Avec son papier d’universitaire, elle y est engagée en tant qu’interprète, elle maîtrise en effet parfaitement le japonais, le français et l’anglais. Mais la jeune occidentale ne peut faire usage ni de ses diplômes, ni de sa parfaite connaissance du japonais. Femme, elle doit commencer par le début, c’est-à-dire servir le café…

Fubuki, sa supérieure directe, fascine Amélie dès le premier regard. Toutefois, pureté des lignes ne signifie par forcément pureté de l’âme! Dans le contexte professionnel, la lutte est âpre pour obtenir de l’avancement, et c’est Fubuki, jalouse, qui portera le premier coup de sabre dans l’injuste descente en grade d’Amélie…

En fait, Amélie ne sait rien de la culture japonaise. Elle, elle avait conservé du Japon de ses 5 ans, des souvenirs de plénitude, celle des jardins zen, par exemple, qu’elle admirait inlassablement. Elle voulait retrouver cet extraordinaire royaume de l’esthétique, les bonheurs secrets de sa méditation… Que nenni. Amélie va déchanter. Car Amélie a beau avoir vécu dans ce pays, elle n’en connaît pas la moindre articulation.

Après la fonction de « l’honorable thé », on lui assigne des tâches abrutissantes, comme si le seul but était de l’occuper, en lui faisant faire n’importe quoi, sauf ce pour quoi elle a été engagée. Distribuer le courrier, tourner les pages des calendriers de tout les employés, photocopier 10 fois page par page le règlement du club de golf d’un de ses supérieur, trier des factures, vérifier des comptes… bref, son expérience d’employée de bureau va se noyer très vite dans un burlesque qui la dépasse… Ses fréquentes initiatives sont régulièrement sujettes aux réprobations de ses supérieurs et, face à cet acharnement, la jeune femme se plie à leurs exigences.

A plusieurs reprises, Amélie est forcée d’avouer à ses supérieurs que, oui, elle est «bête», handicapée mentale même, et que c’est bien connu que le cerveau occidental est inférieur à celui des japonais!!!

Chacun à sa place. Amélie ne pourra pas faire face. Mais Amélie redoublera de force et de courage, d’astuces même, pour ne pas démissionner et ainsi conserver son honneur – notion ultra fondamentale au Japon. Et quand, au bout d’un an, elle annonce, en bonne et due forme, en passant par toute la voie hiérarchique, qu’elle est « déééééésolée » mais qu’elle ne reconduira pas son contrat, consciente qu’elle n’était pas à la hauteur des tâches qui lui ont été incombé, même là, elle n’aura pas droit à un brin de pitié…

Ce qu’on sait de la vie d’Amélie Nothomb, l’auteure du roman qui inspira le film, c’est qu’après cette expérience chez Yumimoto, elle rentra en Europe et devint finalement écrivain…

Pour ce qui est du film de Corneau, c’est du pur délice, les paragraphes en voix off y sont pour beaucoup, mais le jeu de Sylvie Testud, surtout, en vaut vraiment la chandelle. Et pour la grâce burlesque qui inonde le drame de bout en bout, je vous recommande chaudement ce film, même s’il n’est pas japonais!

Je vous laisse avec un bout un peu plus long des Variations Goldberg au clavecin qui vous grisent les oreilles depuis le début de la rubrique, c’est signé Jean-Sébastien Bach, et c’est sur son dernier album…. non je rigole. C’est juste la bande-originale du film.

Voilà, sur ces belles notes de classique – merci Jean-Seb, ben on va fermer cette chronique cinéma pour cette année, c’était la dernière, j’espère vous avoir un peu titiller, vous avoir donné l’envie de découvrir ou d’approfondir vos connaissances cinématographiques asiatiques – désolée pour les cinéphiles qui connaissaient déjà bien tout ça, en même temps, quand on est cinéphiles, on prend toujours plaisir à voir ou revoir des films de qualité non? donc, ça n’a pas du être trop pénible cette semaine…

J’ai quand même envie de terminer en vous disant que le cinéma japonais, c’est un monde à part entière ultra vaste, qui a toute une histoire, et que des films à voir il y en a toute une flopée dont je n’ai malheureusement pas pu vous parler… Je vous propose donc ci-dessous une liste exhaustive d’œuvres importantes et significatives, récents ou un peu plus vieux.

Ponyo sur la falaise De Hayao Miyazaki, 2009

Air Doll, de Hirokazu Kore-eda, 2009

Tokyo Sonata, De Kiyoshi Kurosawa, 2009

Tokyo! De Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-ho, 2008

Lettres d’Iwo Jima, De Clint Eastwood, 2007

Sukiyaki Western Django, de Takashi Miike, 2007

Nausicaä de la vallée du vent, De Hayao Miyazaki, Tomoko Kida, 2006

Crying Freeman, De Christophe Gans, 2006

Mémoires d’une geisha, De Rob Marshall, 2006

Pompoko, De Isao Takahata, 2006

Le Château ambulant, De Hayao Miyazaki, 2005

Gosses de Tokyo, De Yasujiro Ozu, 2005

The Returner, De Takashi Yamazaki, 2004

Le Royaume des chats, De Hiroyuki Morita, 2003

Le Château dans le ciel, De Hayao Miyazaki, 2003

Tokyo Godfaters, de Shôgo Furuya, Satoshi Kon, 2003

The taste of tea, de Ishii Katsuhito, 2003

Japanese Story, de Sue Brooks, 2003

Dolls, de Takeshi Kitano, 2002

Le Voyage de Chihiro, De Hayao Miyazaki, 2002

Le Samouraï du crépuscule, de Yoji Yamada, 2002

Lost in translation, de Sofia Coppola, 2002

De l’eau tiède sous un pont rouge, De Shohei Imamura, 2001

Battle Royale, De Kinji Fukasaku, 2001

Metropolis, De Rintaro, 2001

Ring, De Hideo Nakata, 2001

Aniki, mon frere, De Takeshi Kitano, 2000

Tabou, de Nagisa Oshima, 1999,

Bird people in China, de Takashi Miike, 1998

Ghost in the Shell, De Mamoru Oshii, 1997

Hana-Bi, de Takeshi Kitano, 1997

L’anguille, de Shohei Imamura, 1997

Le Tombeau des lucioles, De Isao Takahata, 1996

Porco Rosso, De Hayao Miyazaki, 1995

Sonatine, de Takeshi Kitano, 1993

Rhapsodie en août, de Akira Kurosawa, 1991

Furyo, De Nagisa Oshima, 1983

Dodeskaden, de Akira Kurosawa, 1970

Tora! Tora! Tora!, De Richard Fleischer, Kinji Fukasaku, Toshio Masuda, 1970

Le Pont de la rivière Kwai, De David Lean, 1957

Les Sept Samouraïs, De Akira Kurosawa, 1954

Rashomon, de Akira Kurosawa, 1950

Dame Ginette