Rubrique Cinéma Japonais 24 février 2011

Le film d’aujourd’hui

AUDITION

Aujourd’hui je vais vous présenter un film de Takashi Miike, Audition, le premier film de ce pourtant prolifique réalisateur à être sorti sur des écrans francophones, en 1999. Audition c’est un film troublant, glissant, qui parle d’amour, et qui tourne autour des obsessions d’un homme troublé par la femme qu’il a rencontrée, et de leur relation qui va très doucement déraper. Mais, comme de coutume voici tout de suite la bande annonce :

httpv://www.youtube.com/watch?v=yhsrsWcEspc

Résumé

Aoyama 42 ans, veuf depuis sept ans, vit seul avec son fils adolescent. Il supporte difficilement la solitude et cherche à tout prix à se remarier. Pour trouver l’épouse qui lui conviendrait il décide, sur les conseils d’un ami producteur, d’organiser un faux casting pour une série télé fictive. Parmi les centaines de candidates, il va trouver la perle rare, Asami, une jeune femme timide à la troublante beauté. Subjugué par son charme, il en tombe éperdument amoureux et cherche à la revoir. Mais plus il la rencontre, et plus il découvre qu’Asami a un comportement bizarre, un passé mystérieux et n’est peut-être finalement pas l’épouse idéale.

A propos du film

Le plus difficile avec ce film, est de ne pas tout vous dévoiler, ce qui gâcherait particulièrement le plaisir qu’il procure, si on peut parler de plaisir. Un mot sur l’auteur alors, Takashi Miike.

Takashi Miike a appris avec un très grand Monsieur, Shoei Immamura (qui a réalisé l’anguille et gagné deux palmes d’or à Cannes) et est dans son pays un réalisateur représentatif de cette nouvelle génération de cinéastes Nippon qui nous délivrent des histoires singulières tant sur le fond que sur la forme. Les oeuvres de Miike, pour elles la diversité, le nombre (près de 4 films par an) mais surtout le désir de l’expérimentation constante, l’émancipation des tabous, et une brute impertinence. Mais il est aussi capable d’extraordinaires envolée lyriques comme dans le fabuleux film The bird people in China, que je vous recommande aussi vivement. Ici, dans Audition, Takashi Miike adapte un roman de Ryu Murakami, et lorsque l’on connaît le monde de cet écrivain qui traite souvent de solitude, tristesse, déviances, sexe, mort et autres violences on comprend aisément que le résultat à l’écran soit si… disons… décalé. Murakami est l’auteur entre autre, des bébés de la consigne automatique.

Mais je reviens sur le film. La principale réussite d’Audition est d’emprunter une structure d’abord très classique, pour mieux en bouleverser peu à peu les règles et nous plonger gentiment par petites touches subtiles et léger dysfonctionnement successif dans ce qui va s’avérer devenir un véritable cauchemars pour le personnage principal. Et c’est cette finesse et surtout son final qui donne au film son caractère profondément marquant, troublant et qui vous laissera j’en suis sûre une trace indélébile.

Ce petit cri d’animal enjoué, « kidi kidi kidi kidi », c’est la scène apothéose du film, où l’on voit la jeune femme torturer son bienfaiteur à l’aiguille, telle la ninja de l’acupuncture…

Pour l’extrait ci-dessous (10 minutes de tortures et le killikillikilli vers 4min50 environ) âmes sensibles s’abstenir…

httpv://www.youtube.com/watch?v=2LLYYxsxm-k

Et oui, Audition c’est aussi, en creusant un peu, la revanche de la Femme avec un grand F sur cette société japonaise profondément masculine asservie par ces fantasme, et qui exploite trop les femmes. Ce qui fait que, associé à son traitement étonnant et détonnant, Audition peut et DOIT être considéré comme un film culte à voir absolument.

LA MUSIQUE DU FILM

La bande originale d’Audition est signée par Koji Endo. Le monsieur est compositeur et musicien, et si les musiques de film d’horreur et de suspens ont fait sa réputation, (il a aussi à son actif plus de 20 film avec Takashi Miike) le virtuose à un autre domaine de prédilection: le jeu vidéo. C’est d’ailleurs à lui que nous devons la musique du célèbre Zelda, et rien que ça, ça vous assied un bonhomme.

Si l’ambiance musicale d’Audition n’est pas ce qui marque à priori – très peu de musique finalement ou à peine audible, un peu de piano par ci par là – c’est que ce sont les dialogues et toute l’ambiance sonore qui prennent toute la place: sons inquiétants, silences pétrifiants ou sifflements aigûs à se faire grincer les dents…

La chanson du générique de fin, est franchement déconcertante de par son côté bonne humeur ou du genre conclusion d’un film d’action bon enfant… à mille lieues de la fin tragique et insoutenable que l’on vient de nous servir à la fin du film! Un morceau qui marque néanmoins par ses résonances pop très très typées asiatiques.

Je termine sur ce film par une grande mise en garde. Si Audition peut être considéré comme culte et génialissime il n’est cependant pas à mettre devant toutes les paires d’yeux car il comporte des scène d’horreur choquante qui pourraient ébranler plus d’une sensibilité. Il n’est cependant pas à classer complètement dans cette catégorie non plus. Ne commencer pas votre initiation au cinéma Japonais par audition, mais si vos nerfs vous le permettent, jetez vous dessus à la seconde occasion… Voilà… Killikillikilli

Dame Ginette