Rubrique Cinéma Japonais 22 février 2011

Le film d’aujourd’hui

DEPARTURES

Alors, malgré mon jingle de ninjas hargneux, vous saurez, chers auditeurs, que le cinéma japonais, ce n’est PAS QUE ça… La preuve aujourd’hui entre autre avec le film dont je vais vous parler, Departures, le film le plus récent de ma chronique, puisque l’année dernière encore il était projeté sur les écrans romands. C’est un film de Yojiro Takita, « Departures » donc, « Départs » en français – ça c’est facile – et « Okuribito » en japonais! Une comédie douce amère qui nous décode un des rituel les plus fascinants de la culture nipponne: l’art de la préparation des défunts avant la crémation…

httpv://www.youtube.com/watch?v=yOBkw_hr208

Outre les dizaines de prix internationaux et japonais que le film a raflé, il faut souligné que c’est lui qui est reparti avec l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère à la fameuse cérémonie de 2009!

Résumé

Le personnage principal, c’est Daigo. A la base, sa passion c’est le violoncelle, dont il joue avec talent dans un orchestre de Tokyo. Au début du film, Daigo apprend que l’orchestre est dissous, faute de financements. Terrassé mais solide, Daigo prend sa femme et son violoncelle sous le bras et repart s’installer dans sa province natale, petite bourgade grisouille dans le froid de l’hiver. Première chose à faire, trouver un travail. En épluchant les petites annonces, Daigo repère un emploi – et c’est vraiment écrit comme ça – «d’aide aux départs». Super! une agence de voyage, se dit-il! Que nenni. C’est en allant se présenter à l’adresse qu’il découvre avec stupeur qu’il s’agit d’une entreprise de pompes funèbres. Mais voilà, Daigo doit faire les poings dans ses poches et accepter le poste, par réelle nécessité financière. Par contre, il se cachera bien d’avouer à sa femme, ni à quiconque d’ailleurs, la nature de son nouveau travail. Pourquoi? Et bien parce qu’au Japon, cette activité et franchement incomprise et carrément taboue. Lorsque la vérité lui échappera, son couple n’y survivra pas… Invraisemblable non? Le patron des pompes funèbres le prend alors sous son aile, et Daigo, contre toute attente, finira par sincèrement aimer son travail et le pratiquer avec beaucoup de respect et de grâce…

A propos du film

On assiste dans le film à de nombreuses scènes d’enterrements (12 je crois), cela va de soi, c’est le sujet! Et la préparation du corps, disons, la toilette du défunt, se fait généralement – selon la tradition – devant toute la famille réunie. Pas évident donc, c’est presque une prestation d’artiste. Si un sentiment de recul au début, même pour nous européens, nous met mal à l’aise, ça ne dure pas longtemps, car on est vite subjugués par la beauté du geste, magnifié par tant de pudeur, la chorégraphie du rituel, comme une danse silencieuse, et on se prend dès lors à ne pas comprendre pourquoi ce métier suscite tant de répugnance auprès des gens, alors que la grande sagesse de ces professionnels est avant tout le respect du deuil et du chagrin…

Attention, je le sens bien que déjà vous pensez que c’est un film chiant! Et bien non, de loin pas. Car le réalisateur, Yojiro Takita, est quelqu’un d’éclectique dont la carrière cinématographique a voyagé de la comédie aux films de samouraïs, en passant par de la série érotique. Il en connaît donc un rayon, et a saupoudré Departures, sobre de par son sujet, d’une pincée d’absurde et d’un soupçon de décalage qui rend la recette simple mais efficace. Et je tiens à souligner que ce film, à sa sortie, plus qu’un succès critique a été un fulgurant succès PUBLIC. Et finalement, c’est ça qui a du poids. Pour exemple, à Lausanne, le film a été projeté durant plus de 6 mois! Le bouche à oreilles à fonctionné à merveille.

Il faut avouer que le sujet – La Mort, houououououou – n’est pas très vendeur… Pari donc risqué. Toute façon à la base le film n’était pas prévu à l’exportation. Il y a donc eu un petit miracle!

Ok, y a pas mal de morts dans le film (forcément), mais il y a aussi beaucoup de vie!!!

Et puis il y a la beauté de l’image, illustrée sur 4 saisons, du pur lyrisme visuel, et la musique, bien sûr, berçant la fable de bout en bout à coup de violoncelle à te refiler la chair de poule. – Oui, même si normalement t’écoutes du death métal.

LA MUSIQUE DU FILM

Oui alors la musique… si vous m’avez écouté, vous avez capté que le personnage principal, Daigo, est un féru de violoncelle. Donc, la musique c’est surtout…. de la tompette. Mais non, du violoncelle, merci à ceux qui suivent…

Et devinez à qui a été confiée la bande originale de Departures? Le seul, l’unique, Joe Hisaishi. Ca vous dit rien en fait pour l’instant… Mais vous saurez que sur les 9 films dont j’ai choisi de vous parler cette semaine – et je vous jure j’ai pas fait exprès – Hisaishi est le compositeur de 4 des films. Quand on connaît un peu son travail, d’ailleurs, et là c’est la frime, on parvient même à reconnaître sa pâte dans moult films japonais, sans prendre trop de risques. Mais ça ne veut pas dire qu’il fait toujours la même soupe! Ben non. C’est juste que Joe Hisaishi est à la musique de film japonais ce que John Williams est à la musique des films de Spielberg: indissociable! En plus depuis peu, Monsieur Hisaishi est demandé de tous les côtés, hors Japon aussi, ce qui en fait l’un des dix compositeurs les plus talentueux DU MONDE!!!!

Il a su pour Departures faire la part belle au violoncelle qui s’accorde parfaitement au ballet rempli d’amour des mains de l’embaumeur lors de ses préparatifs sacrés…

Voilà, c’est le moment de conclure sur Departures, et je vais encenser encore un peu ce petit bijoux: JAMAIS la mort n’a été traitée avec autant de délicatesse et de tendresse au cinéma. Chapeau bas, très très bas! La culture japonaise est le summum, le top de la politesse et de la gestuelle raffinée. On peut tous être touchés, émus, convaincus! Il est disponible en DVD depuis peu, mais déjà en rupture de stock… dommage hein?!

Dame Ginette