Rubrique Cinéma Japonais 21 février 2011

Le film d’aujourd’hui
NOBODY KNOWS

Aujourd’hui, on rigole pas. Non, cccchhhuuuut, qui c’est qui rigole??? Stop. Aujourd’hui c’est triste. Alors on baisse la tête et on écoute solennellement l’histoire de Nobody Knows, ou l’histoire vraie d’une poignée de frères et soeurs livrés à eux-même dans un appartement de Tokyo, abandonnés par leur mère… Oui je sais c’est horrible… mais le film est bien. Si si, j’vous jure. Vous croyez qu’la vie c’est regarder que des films marrants et débilisants, sans consistance pour le cerveau??? Moi je vous propose de la consistance cinématographique… Na.

Ici la bande annonce

Sorti sur les écran en 2003, et réalisé par Hirozaku Koré-Eda, Nobody Knows est tiré d’un fait divers réellement survenu en 1988 dans lequel quatre enfants avaient été abandonnés par leur mère pendant 9 mois dans leur appartement au Japon.

Qu’est-ce qu’on bien pu faire ces gosses pendant neuf mois tous seuls dans un appart’, avec quasi par d’argent? C’est ce que le réalisateur s’est demandé en écrivant ce film, tentant de ne pas monter l’enfer probable qu’ils ont pu vivre mais plutôt la richesse de leur vie, vue de l’intérieur.

Résumé

En plein Tokyo, quatre enfants, tous de pères différents, vivent seuls dans l’attente du retour improbable de leur mère. Pas un parent, pas un voisin ne s’en inquiète, car personne ne soupçonne leur existence. Aucun ne va à l’école. Seul l’aîné a la permission de sortir, pour aller faire les courses, subvenir aux besoins de la famille. Lorsque la mère disparaît pour de bon, laissant derrière elle un peu d’argent, les enfants s’amusent tout d’abord de cette situation incongrue: les interdits s’écroulent, la maison devient terrain de jeu, le supermarché un parc d’attraction, et la rue le lieu de toutes les aventures. Puis, livrés à eux-mêmes, forcés de se comporter en adultes dans un environnement de plus en plus hostile, ils glissent peu à peu, de manière presque imperceptible mais néanmoins inexorable, dans un état de délabrement physique et moral…

Commentaire

Suivant une ligne proche du documentaire, Kore-eda ne laisse certes planer aucun suspense, aucun espoir de happy end: il ne s’agit pas de savoir si les enfants vont s’en sortir, mais plutôt combien de temps ils vont tenir. Le film porte un regard tendre sur cette famille orpheline, que l’on suit au fil des saisons, sans tomber dans le misérabilisme qu’une histoire pareille pourrait évoquer.

Ok, c’est un contre cruel, mais, sous la moiteur et l’horreur des images, se dessine une trace d’espoir indélébile… En fait, Nobody Knows possède la force des meilleurs films d’auteur japonais contemporains et se présente comme un chef-d’œuvre délicat sur l’enfance brisée…

Et ça touche, forcément, comme un crève-coeur. A moins que vous n’ayez pas de coeur. En tant cas, on ressent à la vue de ce film, comme une solidarité viscérale pour ces gosses qui n’ont de fautes à expier que celle de leur mère…

A Cannes, en 2004, le jeune garçon de 14 ans qui joue l’ainé de la famille a reçu le prix d’interprétation masculine. Ce fut le plus jeune comédien récompensé sur la Croisette!

En parlant des acteurs, il est intéressant de noter que Koré-Eda n’a pas fait lire de scénario aux enfants, et a fait peu de répétitions, adaptant certaines situations à la personnalité des comédiens. Comme par exemple le choix de la nourriture dans certaines scènes! Pour la petite histoire, le tournage s’est déroulé dans l’ordre chronnologique du film (ce qui est rare), pendant 3 saisons. Les enfants ont vraiment grandi, mûri, au fil de l’histoire, comme dans la vraie vie. Les changements physiques et psychologiques des jeunes comédiens se sont développés en parallèle. Au cours du tournage, la voix de l’aîné a mué. Au début, il était timide, alors qu’à la fin du tournage, c’est lui qui menait le groupe! Comme dans le film! Le cinéma, c’est de la fiction, mais finalement, c’est aussi un bout de pellicule sur lequel se greffe un bout de vie des gens… C’est beau.

LA MUSIQUE DU FILM

Pour illustrer de façon sonore, la conclusion de cette histoire triste mais belle, je vous propose la chanson que l’on entend au générique de fin (d’ailleurs, bande de petits malins, dorénavant, au cinéma, on reste assis pendant le générique de fin, hein! La musique choisie fait aussi partie de l’œuvre, en plus, on peut trouver plein de prénoms marrants pour ses futurs enfants!!!). Cette chanson est interprétée par Tate Takako, pour l’anecdote, la chanteuse, c’est la caissière de la supérette dans le film…

Pour conclure, ce genre de films «consistants», comme je le scandais au début de ma chronique, j’voudrais quand même souligner, trois fois même, qu’en Suisse, on a la chance de pouvoir les voir au cinéma! Et celui-ci, c’est grâce à Trigon qu’il est arrivé jusque chez nous.

Trigon, c’est un distributeur suisse qui s’engage depuis les années 80 pour un cinéma de qualité en provenance des pays du Sud et de l’Est. C’est grâce à Trigon que nous pouvons voir depuis plus de vingt ans, sur nos écrans, du film d’auteur en provenance d’ailleurs, des perles rares asiatiques, africaines, indiennes, sud-américaines…

Je vous invite d’ailleurs vivement à découvrir le site internet de cette association, Trigon-film, parce que tout les films de leur catalogue sont disponibles en DVD, comme Nobody Knows, et qu’on peut les commander en deux clics de souris, se faire livrer à la maison, et voyager vers une autre dimension cinématographique bien calé dans son canapé, sans payer de billets d’avion! Elle est pas belle la vie?

Ici le site Trigon Film

Dame Ginette