Rubrique Cinéma Japonais 20 février 2011

Le film d’aujourd’hui
UNE ADOLESCENTE

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un film réalisé en 2001 par Eiji Okuda, Une adolescente. Il s’agit d’une romance troublante entre une jeune fille en plein âge tendre et un flic qui pourrait clairement être son père… On assiste donc à des scènes que certains pourraient juger dérangeantes, et c’est pourquoi le film fut, à sa sortie en salle, interdit aux moins de 16 ans. Mais ce film, c’est beaucoup de poésie à l’image et une maîtrise toute japonaise dans l’art de traiter un sujet un peu tabou, d’une manière magnifiquement sensuelle et digne du plus grand intérêt. On écoute la bande-annonce….

Ici la bande annonce

Résumé

Le héros du film, Tomokawa, est un simple policier dans une petite ville de province. D’un naturel plutôt oisif mais apprécié pour sa rare efficacité à retrouver les chiens volés, il voit sa vie basculer le jour où il rencontre Yoko, une adolescente de quinze ans. La jeune fille, attirée par le tatouage que Tomokawa porte dans le dos – un oiseau ailé qu’elle reconnaît être l’œuvre de son grand père – entre sans réfléchir dans un jeu de séduction avec l’homme. La jeune Yoko n’est de toute évidence pas une adolescente comme les autres… Introvertie, elle semble, malgré sa jeunesse, porter de lourds fardeaux. Délaissée par sa mère, elle vit seule avec son grand-père malade et son jeune frère handicapé. Et c’est dans ce contexte familial difficile, qu’elle va se jeter à corps perdu dans cette relation hors du commun, comme une échappatoire vitale. Évidemment, leur liaison n’est pas approuvée par tout le monde, et surtout pas par la mère de Yoko, elle qui était folle amoureuse de Tomokawa, quelques années auparavant…

A propos du film

Le cinéaste Eiji Okuda est d’abord connu au Japon en tant qu’acteur. Une adolescente est sa toute première réalisation. Il a été récompensé en 2002 des Grands Prix du Festival de Paris et de l’American Film Institute. La jeune fille qui tient le rôle titre, véritable perle rare, c’est Mayu Osawa dont c’est ici son premier rôle au cinéma. La petite a été sélectionnée parmi 600 candidates et a déjà remporté deux prix d’interprétation féminine. Le tournage a duré un mois et la jeune comédienne avait à l’époque fait preuve d’une maturité exemplaire en décidant de se couper complètement de sa famille et de ses amis pendant toute la durée de l’expérience afin de mieux entrer dans son personnage, qui est plutôt introvertie, solitaire et peu loquace…

Un fait très intéressant sur ce film est qu’il dénonce – bien que de façon anecdotique – un problème de société grave au japon: le Enjo Kosai, qui signifie littéralement «relation subventionnée». C’est le terme qui désigne la prostitution des adolescentes en uniforme (l’uniforme scolaire). Et là, on plonge directe dans le Japon des fétichistes. C’est bien connu, la jeune étudiante en collant de laine, tout comme l’infirmière en blouse blanche, ça fait fantasmer les hommes.

Mais le film ne fait que survoler le phénomène et n’en fait pas son propos: la poésie est ailleurs. Sous des apparences de simplicité candide, cette œuvre du cinéma japonais plonge le spectateur au cœur d’une belle méditation sur la vie, la société et l’amour de deux êtres – au-delà de leur âge. En plus, l’entreprise était risquée! Comment parler de l’amour entre un homme à la quarantaine bien sonnée – un policier plutôt louche, ne négligeant ni l’alcool ni les femmes – et une adolescente de 15 ans, sans tomber dans le récit à scandale (genre portrait d’un vieux pervers…) ou le mélodrame sans goût. Et bien le pari est gagné, grâce à la pudeur extrême avec laquelle il filme sa jeune actrice, mais aussi les nombreux personnages secondaires qui viennent apporter une touche de réalisme à cette histoire d’amour improbable.

LA MUSIQUE DU FILM

L’auteur de la bande originale de ce film – Shiguru Umebayashi est pas mal célèbre… Il est le compositeur de la musique de plus de 40 films, japonais et chinois. Il a travaillé sur le Secret des poignards volants, ça vous devez connaître (oui là on passe en Chine, désolée, petite incursion), et aussi pas mal pour Wong Kar Wai, chinois également, sur 2046 et In the mood for love, d’ailleurs, le thème musical de ce dernier est ultra connu, impossible qu’il ne vous dise rien <ici un petit bout du fichier audio « 01 Yumeji’s Theme.mp3 »> ça ne vous dit rien???? Allez!!! Il faut vraiment vous faire une cure de cinéma asiatique, ça vous fera du bien, promis!

Si on revient sur la musique d’une adolescente, notre compositeur au nom tellement imprononçable que je ne le répèterais pas une deuxième fois, orchestre une ambiance sonore toute en violons et violoncelles envoutants, une musique très classique finalement, et d’ailleurs ce n’est pas là dessus que j’ai envie d’insister. Non. Fait assez rare pour être mentionné c’est qu’à la fin du film, on entend une très jolie chanson française de Pierre Barouh intitulée ‘Le courage d’aimer’, et c’est celle là que je vais vous faire écouter dans quelques instants. A savoir que Pierre Barouh a écrit les paroles de la chanson « un homme et une femme » mais aussi plusieurs texte pour Yves Montand, Nicole Croisille, Richard Berry, Nana Mouskouri ou Mireille Mathieu. C’est pas beau tout ça pour clore un film japonais? Au fait Mireille Mathieu, elle est morte? Non? Oui? Si quelqu’un sait…

Pour conclure sur ce film, Une adolescente, ce n’est PAS un film outrageant, bien au contraire, c’est une histoire d’amour, une superbe histoire d’amour à laquelle on s’attache, et la mise en scène poétique et photographique enveloppe le spectateur avec force et délicatesse ce qui donne un film extrêmement représentatif du cinéma d’auteur japonais, à mille lieues des ninjas hargneux et des mangas survoltés…

Ici bas  un extrait de la scène du tatouage

httpv://www.youtube.com/watch?v=caez3mPVnKI

Dame Ginette