Rubrique Cinéma BD

Ghost World

5ème volet déjà, pour cette rubrique film en BD, jusqu’ici, nous avons abordé des classiques, mais aussi des découvertes, j’imagine pour certain d’entre vous, et je doute me tromper en disant qu’aujourd’hui, nous pourrons dire une de plus. Mon choix s’est arrêter sur un film américano-britannico-allemand, réalisé en 2001 avec un budjet de 7’000’000 $ par Terry Zwigoff, il s’agit de Ghost World tiré de la bande-dessinée du même nom créée et scénarisée par l’Américain Daniel Clowes. Avec en tête d’affiche Thora Birch, Scarlett Johansson et Steve Buscemi.

Ghost World raconte l’histoire d’Enid, rôle tenu par Thora Birch, une jeune fille récemment diplômée, qui passe l’été le plus important de sa jeune vie. Elle doit trouver un travail misérable, emménager avec sa meilleure amie Rebecca, joué par Scarlett Johansson et jongler entre son père, son affreuse future belle-maman, le garçon qu’elle croit aimer, les cours d’arts tenus par une folle et son nouvel intérêt, un loser nommé Seymour, joué par Steve Buscemi, un mixage de caractère, basé sur les éléments de deux personnages de bande dessinée, Bob Skeetes et Windbreaker.

Le film est entamé dans le comics Eightball n° 11 de juin 93, quant à la BD l’album paraîtra en français en 1999.

Le roman graphique paraît tout d’abord sous forme de feuilletons dans certain numéro du magazine et a été publié pour la première fois sous forme de livre en 1997 par Fantagaphics Books. C’est un véritable succès commercial et critique très populaire surtout auprès des adolescents, puisque le sujet de l’histoire aborde avec humour et cynisme l’âge ingrat de nos têtes blonde. Ce roman graphique est tout simplement devenu une BD culte. Pour le film pareil! Mais attention, ne vous inquiétez pas, même si vous n’êtes plus des ados, le film vaut le détour, alors asseyez-vous confortablement et laissez moi vous en parler.

BANDE ANNONCE

Dans une ville américaine sans âme, deux ados paumées, Enid Coleslaw et Rebecca Doppelmeyer, refusent de grandir et devisent sur le sens du monde et la médiocrité de leurs contemporains. Elles passent leurs journées à errer dans cette ville où il ne se passe pas grand chose et appartiennent à une génération incapable de savoir ce qu’elles veulent vraiment. 

Ces deux là n’ont jamais vraiment eu d’affinités avec les autres lycéens, qu’elles trouvent bêtes et immatures, alors c’est avec un grand soulagement qu’elle voient la fin de l’année approcher et qu’elles vont pouvoir laisser derrière elles tous ces losers. Après l’obtention de leur diplôme, elles décident de s’installer ensemble et de vivre sans règles, ni contraintes, mais leurs tendances sarcastiques les empêchent de se fondre dans la vie adulte. Elles font des blagues, continuent de faire chier certains de leur camarade comme Josh, rôle tenu dans le film par Brad Renfro. Enid échoue à ses examens terminaux et doit suivre des cours d’été pour obtenir son diplôme. Elle va alors se lier d’amitié avec Seymour, un adulte qu’elle trouve original et séduisant, à la suite d’une blague qui ne tourne pas comme elle l’avait prévu, en passant un appel à cet homme qui avait mit une petite annonce pour rechercher une femme.

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Elles consacrent leurs journées à s’interroger sur le sens du monde, tout en cherchant à exorciser leurs angoisses existentielles. Attirées par les garçons, elles se rendent pourtant compte de leur incapacité à se lier d’amitié ou à entretenir des relations durables avec d’autres ados. Quand Enid tente de fuir les conventions, Rebecca cherche à s’y fondre et en accepte les règles. Quand l’une poursuit des chimères, des fantasmes ou des illusions, l’autre accepte le réel tel qu’il se présente et choisit de croire à l’humain, malgré tout. Pour Enid, fatiguée par la routine, le seul moyen d’exister est alors de résister, en critiquant notamment la monotonie et l’hypocrisie ambiantes. Dans ce difficile passage à l’âge adulte, les caractères s’affinent et les personnalités s’affirment. Très amies, les deux jeunes femmes vont pourtant peu à peu voir leurs chemins se séparer : impulsive, cynique et austère, Enid semble avoir un caractère plus trempé que Rebecca, plus naïve, passive et sans réelle ambition… Triangle amoureux, jalousie et désirs d’université vont peu à peu redéfinir la nature de leurs relations. Au fur et à mesure de l’histoire, Enid et Rebecca passent de l’adolescence à l’âge adulte et leur amitié s’effrite, chacune d’elle prenant finalement un chemin différent.

Le choix d’Enid n’existe pas, il faut accepter ou rejeter le monde des fantômes. La fuite en avant est une solution et la fin du film sera joyeuse ou affreuse selon les opinions.

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Ce qu’on en pense sur la planète BD : Avec Eightball et David Boring, Ghost World est l’œuvre de référence de Daniel Clowes, celle qui l’a fait connaître au grand public. Le thème central de la BD est l’adolescence, cette zone de transition faite de tensions, scandée par quelques étapes symboliques. Avec un sens du récit inimitable, une bonne dose de cynisme, une ambiance mélancolique appropriée et un humour qui n’oublie jamais d’être lucide, Clowes livre un chef d’œuvre de justesse et d’analyse sur cette période souvent compliquée. L’angoisse de ne pas être comme tout le monde, l’absence d’ambition, la pression sociale sont quelques thèmes façonnant la BD. Le dispositif, qui débouche sur une exquise poésie narrative soulignant la fragilité de l’existence, rend palpable des univers mentaux très variés. Il est aussi question du corps et de l’âme, du réel et du spirituel à travers ces deux ados : l’une cherche le Beau, le Vrai alors que l’autre recherche et accepte les conventions dans le but de se rassurer, et, à vrai dire, s’en accommode très bien. Tout en soulevant des problématiques pertinentes, Clowes campe ses personnages dans des décors aliénants, standardisés, typiques des « banlieues-pieuvres » qui s’étendent à perte de vue dans les campagnes américaines : on s’y ennuie ferme au milieu des malls (ces magasins géants), des fast-foods et des routes infinies. Sans complaisance, avec sensibilité et lucidité, Daniel Clowes décrit l’adolescence dans ce qu’elle a de plus fragile, de plus troublant et de plus silencieux. Clowes a su rendre authentique et universel ce monde si mystérieux, dans une synthèse passionnante et intelligente.

Ghost World est reconnu pour son approche ironique de l’adolescence, de l’amitié, des jeunes femmes, et de la culture populaire en général. Bien qu’on puisse y voir un drame, Ghost World présente plusieurs éléments de comédie noire. Clowes a décrit l’histoire comme un examen de « la vie de deux jeunes diplômées du secondaire  avec l’indétectable position d’une table d’écoute, tel un scientifique qui s’est mis à apprécier les microbes prisonniers dans sa boîte de Petri.

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Le succès de la BD conduit donc , j’ai envie de dire inévitablement, à l’adaptation cinématographique. Et a reçu une ovation critique et de nombreuses récompenses et nominations, dont celle de l’Oscar du meilleur scénario adapté, que Clowes lui-même avait écrit.

Décortiquons un peut la BD, La phrase « Ghost World » est très souvent reprise par les personnages, peintes ou en graffitis sur les portes de garage, les murs, ou sur les signes et les panneaux d’affichages.

Le terme peut également être compris dans le sens où Enid et Becky, mais surtout Enid, sont hantés par le passé.

De nombreuses critiques ont félicité l’histoire pour son analyse de la vie des ado, des relations et de la désintégration de la société d’aujourd’hui, tandis que d’autre l’ont dites déconnectée et morbide, moi j’dis à vous d’voir.

The Guardian, par exemple salue les illustration et le visuel de la BD en la décrivant, magnifiquement dessinée, subtile et convaincante. Un portrait classique de la vie adolescente.

Ghost World a été conçu entre 1980 et  1990 par Daniel Clowes, quand il était adolescent.

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Une grande partie de la bande dessinée est en partie inspiré par la vie Clowes lui même, par exemple, Clowes se déplacé de Los Angeles à San Fransisco, il dit à ce propos que la ville dans l’histoire est une combinaison visuelle de ces deux endroits. La plupart du roman n’a pas été écrit dans l’ordre chronologique. Clowes a commencé à écrire, le 9 Septembre 1993, et a déclaré qu’il a créé le premier chapitre sans aucune intention de le poursuivre.

Clowes crédite aussi avoir attiré un peu d’inspiration du film Le monde de Henry Orient de George Roy Hill en 1964, où deux jeunes filles curieuses sont traquées par un homme d’âge moyen qui cherche à avoir une liaison. Dans le livre, Enid et Rebecca sont obsédés par divers étrangers du quartier, y compris « Les satanistes» et un médium nommé Bob Skeetes.

Beaucoup de lecteurs ont essayé d’interpréter le titre Ghost World, Clowes répond qu’il s’agit de quelque chose qu’il a vu griffonné un jour sur un bâtiment dans son quartier de Chicago, ces mots lui paru originale et très juste, au point de devenir le titre son oeuvre.

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Pour les dessins, Clowes a choisi la couleur bleu pâle pour le livre parce qu’il voulait tenir compte de l’ambiance à la maison au crépuscule, quand chaque maison dispose d’un téléviseur et que les salons sont baignés dans une lumière bleue fantomatique.

Le réalisateur de Ghost World, Terry Zwigoff, connu aussi pour son cruel Bad Santa, n’est pas étranger au monde de la petite bulle. Non, car en 1994 déjà, il réalisait le documentaire primé dans de nombreux festivals, dont celui de Sundance, consacré au dessinateur underground Robert Crumb. C’est d’ailleurs Sophie Crumb, sa fille, qui a dessiné les croquis du carnet de notes d’Enid, l’une des deux héroïnes de Ghost World. Daniel Clowes, a pour sa part, contribué au logo du titre du film.

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Ici Zwigoff dresse un portrait juste de l’adolescence, et de son passage à l’âge adulte, ains que de l’amitié mais aussi sur le mal-être et l’incapacité à vivre. Dans ce monde peuplé de fantômes, Enid et son amie Rebecca attendent désespérément la fin du lycée pour commencer à vivre. Ce film peut toucher tout le monde grâce à des personnages attachants et fantastique. On ne peut qu’approuver la prestation parfaite des acteurs, qui du premier au dernier sont tout à fait crédibles tout en ayant chacun leur touche d’excentricité. C’est de ça qu’il s’agit : des portraits de gens différents sur fond de pop culture, avec un équilibre émotionnel habile maintenu tout du long.

Scarlett Johansson, Thora Birch et Steve Buscemi sont fait pour incarner les personnages de ce comics. Ils rendent le film totalement réaliste  sans en faire trop ni pas assez.

Même si l’histoire est banale, on est touché de plus ou moins prêt à un moment ou à un autre par rapport à ce qu’il vivent, être en froid avec une amie, chercher un appartement, chercher un boulot sans succès, bref moultes sujets sont abordés dans ce film.

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Il y a les autres personnages aussi, je ne vous les citerais pas tous, mais que se soit le père de Enid un peu effacé qui tente de refaire sa vie, les anciens amis de Enid et Rebecca comme Melorra ou le colocataire de Seymour. On ne tombe jamais dans la caricature et les personnes prêtent à rire dans pas mal de scène, bref un florilège de personnage apportant tous quelque chose à l’histoire, comme le vieux monsieur sur le banc, un personnage qui apparaît fréquemment, qu’on imagine dérangé qui pourtant ne l’est pas , mais pour le comprendre il faudra voir le film mes amis :-)-

Ghost World s’intéresse aux marginaux, à ceux laissés sur le banc de la société à cause de leurs différences. Comme toutes les adolescentes, Enid se cherche et multiplie les expériences capillaires, vestimentaires et autres. En Seymour interprété par le génial Steve Buscemi, qui lui se voit nominé au Golden Globe pour son rôle de looser, elle trouve la force de suivre sa propre voie, loin des sentiers battus.

Le personnage d’Enid est intéressant car la jeune fille a la force nécessaire d’assumer ses différences dans une société qui ne pardonne jamais rien. Ce rôle est interprété par la formidable Thora Birch qui confirme tout le bien qu’on pensait d’elle depuis American Beauty et bien plus encore, elle remporta d’ailleurs le prix d’interprétation au Festival de Deauville.

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Enid s’oppose finalement à son amie Rebecca, qui se révèle ne pas être si rebelle que ça. En effet, à la fin du film, Rebecca choisit de vivre son idéal c’est à dire une vie banale et classique. Dans un cas comme dans l’autre, Enid et Rebecca ont bien du mal à rentrer dans l’âge adulte qui apparaît alors comme un moment à la fois excitant et terrifiant. En ce sens, Seymour peut apparaître comme un élément de transition parfait pour Enid qui voit en lui autre chose qu’un adulte. Pourtant, Seymour est lui aussi l’un des fantômes qui peuplent la ville. Coincé dans le passé, Seymour est inadapté au monde qui l’entoure comme Enid.

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Enid et Seymour ont beau être ensemble, ils ne cessent d’apparaître comme des personnages profondément seuls. N’est-ce pas le propre de la condition humaine ?

Ce qui est intéressant dans Le film qui commence sur le mode d’une ironie un peu cruelle bascule cependant progressivement dans l’émotion lorsque les personnages révèlent leurs fêlures cachées.

Sous la caricature et l’excentricité apparente, Ghost World pose les questions que rencontrent de nombreux adolescents au moment où ils quittent l’univers protégé de leur famille sans savoir ce que le monde leur offre comme possibilités réelles. Par petites touches, le film décrit en outre avec beaucoup de justesse le rôle des amitiés à cet âge ainsi que les difficultés qu’on peut alors avoir à aimer les autres et à s’aimer soi-même.
Le film est également proposé avec un dossier s’adressant aux enseignants du secondaire qui le verront avec leurs élèves, le dossier propose d’abord une réflexion générale sur la question de l’égalité entre hommes et femmes aujourd’hui : plusieurs animations proposent des pistes de réflexion à ce sujet. La seconde partie du dossier revient sur le film, sur son sens et sur son esthétique.

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Autre chose d’essentiel dans ce film la musique, on sent sa présence que se soit par la bande originale ou par l’intérêt que porte Enid et Seymour au vinyle et aux différents genres que sont le Punk, le Blues, la Country et j’en passe, on découvre des groupes par le biais des connaissances de Seymour, on voit des groupes amateurs jouant des styles anciens de façon moderne on écoute la radio en même temps que les acteurs et puis rien que l’introduction du film nous plonge directement dans ce monde musical avec le morceau qui passe à la télévision. Bref je vous laisse découvrir toute la multiplicité de ce thème, en tout cas le film est a voir déjà rien que pour ça. Et pour info la musique du film est signée David Kitay.

Pour son premier film, Terry Zwigoff a eu du mal à monter Ghost World, imposer son imaginaire à la fois désolant et si réel. Un monde métaphorique merveilleux, fascinant et en même temps si concret: en chaque fan (de quoi que ce soit ) réside un Seymour, effrayant et si palpable, et en chaque adolescent cérébré réside les contradictions de Rebecca et Enid…Ghost World traite d’une société annihilée, qui oublie que ses racines sont ancrées dans l’horreur du racisme, des massacres, une société qui n’est pas meilleure, mais qui cache mieux ses a priori. Ghost World est un film rejetant cet esprit de communauté allant dans la même direction, achetant les mêmes produits, avec patriotisme et engouement. C’est un film sur les autres, ceux que l’on nomme les originaux, les parias, les losers. Un film qui montre ce que les gens n’exposent pas, ce qui n’est pas montré. De tout naît le beau, tout est dans l’oeil du spectateur.

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C ‘est avec l’aide de Daniel Clowes que Zwigoff réalise le film. Et on peut dire que que c’est un très bon travail d’adaptation, l’original est transcendé. L’univers, quasi naturaliste est totalement à sa place sur pellicule, mis en scène avec un tempo parfait autant dans le comique que dans le reste. La trame est nettement retravaillée, tout d’abord pour ne pas effectuer un simple copier-coller. On y garde beaucoup d’éléments essentiels et de scènes mais il y a des changements majeurs, des personnages sont ajoutés et d’autres ôtés, l’accent est nettement mis sur le personnage d’Enid, mais également le personnage de Seymour, ici devenu une fusion de deux personnage du comics qui devient quelqu’un de plus net et présent dans la vie d’Enid. Il y a aussi pas mal de rajouts et pas des moins réjouissants : que ce soit le type au nunchaku dans la supérette, le rap de fin d’année, ou toute la partie avec la prof d’arts plastiques complètement timbrée, jouée par Illena Douglas. c’est que du bon. Détails retravaillés pour que tout s’harmonise pendant 1 H 40. Sans être donc, totalement fidèle à la bande dessinée qui l’a inspiré, ce film est une réussite comme en attestent les dizaines de prix internationaux qu’il a remporté ou pour lesquels il a été nommé.

Pour conclure, je dirais que Ghost World est un film plutôt modeste au final, mais qui surprend. Jamais totalement une comédie, jamais vraiment un documentaire social, mais toujours très sensible.

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Film rebelle, sur l’adolescence, sur le passé qui s’efface, sur les difficultés de l’entrée dans l’âge adulte, romantique, drôle, tragique, émouvant, satirique, ironique, poétique, touchant, intelligent cynique et tendre à la fois, Ghost World c’est tout ça. Brillant de bout en bout !

Un film subtilement décalé et délicatement fantastique qui hante longtemps l’esprit et qui déride savamment les zygomatiques tout en fredonnant une mélodie délicieusement morose.

Bref un petit bijou du cinéma indépendant américain. Alors si tout ce que je vous ai raconter vous tente, voilà : ne le laissez pas filer.

Pour la réalisation de cette rubrique à la technique Paco

Aux sons El Rordi

Et au micro votre dévouée animatrice

Sources: odysseeducinema.fr

wikipedia

alociné