Rubrique Cinéma BD

« Persepolis »

Nous voici au 3ème film de ma liste, pour les deux premiers, c’était du connu, même bien connu. Culte même. Pour ce troisième volet mon choix s’est arrêté sur un long-métrage d’animation, une comédie dramatique, qui je l’espère va vous plaire autant qu’à moi. Il s’agit de Persepolis, sorti en 2007. Le film est tiré d’une série de BD autobiographique en noir et blanc de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.  Persepolis est l’adaptation sur grand écran des quatre albums de la bande dessinée crée par Marjane Satrapi, qui ont été publiés par L’Association entre 2000 et 2003.

L’auteure y retrace les étapes marquantes qui ont rythmé sa vie, de son enfance à Téhéran pendant la révolution islamique à son entrée difficile dans la vie adulte en Europe.

À la fois témoignage historique et réflexion sur l’identité et l’exil, Persepolis est le plus grand succès éditorial de la BD alternative européenne des années 2000. Très bien reçu par la presse, il a fait de Satrapi l’un des auteurs francophones les plus reconnus.

 BANDE ANNONCE 

L’histoire de ces albums est directement inspirée de la jeunesse de la dessinatrice. Celle-ci avoue qu’au moment de l’écriture des livres, c’était pour elle de se rappeler seize ans de vie, « avec tout ce que vous voulez forcément enfouir et oublier ».

Les dessins de la BD sont en noir et blanc. Les fonds des vignettes sont généralement noirs ou blancs et on trouve de temps en temps des décors partiellement détaillés, ce qui laisse plus d’importance au texte. L’image est le reflet du texte et non l’inverse, ce qui est intéressant puisque cela lui évite de n’être que purement explicatif. La langue est utilisée dans la multiplicité de ses registres, familier et courant, laissant parfois même la place à la vulgarité, traçant une ébauche riche et authentique d’une vie quotidienne hors du commun.

Comme je vous l’ai dit, le film est basé sur 4 tomes. En piquant ici et là les lignes les plus importante retraçant sa vie, elle nous livre son histoire. C’est touchant, sérieux, drôle, même si le fond  historique est terriblement grave.

 affiche

Nous sommes à Théhéran en 1978, Marjane, huit ans, songe à l’avenir et se rêve en prophète sauvant le monde. Choyée par des parents modernes et cultivés, particulièrement liée à sa grand-mère, elle suit avec exaltation les événements qui vont mener à la révolution et provoquer la chute du régime du Shah. Avec l’instauration de la «République islamique» débute le temps des «commissaires de la révolution» qui contrôlent tenues et comportements. Marjane, qui doit porter le voile, se rêve désormais en révolutionnaire.

Bientôt, la guerre contre l’Irak entraîne bombardements, privations, et disparitions de proches. La répression intérieure devient chaque jour plus sévère.

Dans un contexte de plus en plus pénible, sa langue bien pendue et ses positions rebelles, deviennent problématiques. Ses parents décident alors de l’envoyer en Autriche pour la protéger.

À Vienne, Marjane vit à quatorze ans sa deuxième révolution: l’adolescence, la liberté, les vertiges de l’amour mais aussi l’exil, la solitude et la différence.

 disque ABBA

Dans le tome 1, l’histoire commence en 1979, peu avant la Révolution islamique iranienne. La protagoniste principale, Marjane, est une petite fille de huit ans, issue d’une famille à tendance progressiste. Par son grand-père maternel, qui fut Premier ministre de l’Iran sous Reza Pahlavi, elle est l’arrière-petite-fille du dernier Shah de la dynastie kadjar, Ahmad Shah Qajar. Nous sommes le 11 février, le Shah vient d’être renversé et l’Iran est en effervescence. Les choses prennent cependant une tournure inattendue, la foule n’est plus si libre qu’elle le croit… Alors que ses parents manifestent dans les rues contre l’arrivée au pouvoir des islamistes, Marjane évolue dans un univers très politisé et militant. Elle a dix ans lorsque le port du foulard devient obligatoire à l’école, en 1980, et cette nouveauté n’est pas sans éveiller chez elle de nombreux questionnements. Malgré ces changments, c’est une petite fille intelligente et curieuse, comme n’importe quelle fille de son âge, elle aime la mode, écoute ABBA et Survivor.

Ce premier tome de Persepolis se focalise essentiellement sur l’atmosphère qui règne au sein du pays à l’aube de la révolution iranienne, révélant les tensions véhiculées par l’ambiance très politisée de l’époque. Chaque événement marquant dans la vie de la petite fille s’inscrit dans la toile de fond qu’est l’histoire de l’Iran.

Le Tome 2 est peut aborder dans le film, juste les grandes ligne y sont prises, comme par exemple le début de la Guerre Iran-Irak,  l’endoctrinement et l’aveuglement des jeunes engagés volontaires iraniens, les bombardements de missiles Scud, la mort des voisins, ainsi que les difficultés de Marjane à accepter les nouvelles contraintes y compris vestimentaires et le durcissement du climat politique, tout ceci poussant les parents de Marjane à l’envoyer en Autriche pour continuer ses études.

 Le Tome 3 aborde la vie de Marjane à Vienne en 1984, en pleine adolescence; sa mère l’a envoyée chez une de ses connaissances, d’où elle finit par devoir partir sans avoir été prévenue au préalable pour s’installer dans un pensionnat catholique. Après quelque temps passés en huis clos, elle part en claquant la porte, victime d’une terrible injustice. Elle a, entre temps, fait quelques connaissances et s’est intégrée sans toujours parvenir à s’assumer, allant même jusqu’à renier ses origines. D’abord révoltée par l’insouciance de jeunes gens qui crachent sur la société sans rien connaître ni à la guerre ni à la souffrance, elle parvient pourtant à se lier d’amitié avec des personnes, dont elle finira pourtant par se détacher. Elle pour qui «  pudeur  », «  discrétion  », «  travail  » et «  conviction  » étaient des mots d’ordre va se voir initiée à la philosophie anarchiste.

C’est également l’époque de ses premières découvertes sentimentales et de l’apparition d’autres désillusions; l’infidélité de celui qu’elle aimait s’ajoute au fossé qui ne cesse de se creuser entre les deux cultures dans lesquelles elle tente de se faire sa place ainsi qu’à la solitude et au manque affectif. Elle décide de rentrer en Iran auprès de sa famille et de tenter de faire sa vie là-bas.

Le Tome 4 aborde le retour de Marjane après quatre ans d’absence, nous sommes en 1988. La guerre contre l’Irak est terminée mais le pays est en ruines et le régime toujours aussi répressif. Au début elle est plus qu’heureuse de retrouver sa famille et son pays, mais découvre rapidement qu’elle est aussi bien une occidentale en Iran qu’une iranienne en Europe. Elle doit reprendre le dessus et décide d’appliquer à la lettre le conseil de sa grand-mère: être soi-même. Elle entre à l’Université et tombe amoureuse de Reza lors d’une soirée, avec qui elle se marie rapidement, moins par amour profond que parce que la vie est impossible pour un jeune couple non marié en Iran, et finit par divorcer tout aussi vite.

Malgré une bulle d’oxygène qu’elle s’invente avec ses amis, cette parcelle ne lui suffira pourtant pas et, sur le conseil de ses parents, elle quitte définitivement l’Iran pour la France, où elle vit depuis 1994.

À ce jour, cette série reste le plus gros succès de l’éditeur, et a été une vraie locomotive pour la BD dite indépendante En 2003, on parlait de cinquante à soixante mille exemplaires écoulés des trois premiers volumes. Le succès s’est maintenu jusqu’en 2007, où il a été démultiplié par la sortie du film.

L’adaptation en long métrage d’animation de Persepolis, due à Vincent Paronnaud et Satrapi elle-même, obtient le prix du jury du festival de Cannes en 2007. Aux Césars 2008, il obtient celui du meilleur premier film ainsi que celui de la meilleure adaptation. Puis le Prix de la meilleure adaptation litéraire de Cinéma, au 7ème festival International & Litérature 2008. Au total c’est 11 prix et 25 nominations dans les festivals.

 punk is not dead

Je vous laisse imaginer ce qu’un film, traitant d’un sujet sur la guerre et la révolution peut engendrer comme polémique. Il a subi nombre d’interdiction, notamment dans les pays musulmans.

La république islamique d’Iran s’est inquiétée de la sélection de ce film au 60ème festival de Cannes, présentant ce qu’elle estime être «un tableau irréel des conséquences et des réussites de la révolution islamique» et en a diffusé une version censurée. Le pays ayant jugé le film trop critique sur la révolution islamique. Dans un courrier adressé à l’attaché culturel de l’ambassade de France à Téhéran, la Fondation du cinéma Farabi, qui dépend du ministère iranien de la Culture,  dénonçait cette sélection, se demandant si ce choix n’était pas à mettre au compte d’un acte politique ou même anti culturel de la part du festival. La polémique a repris de plus belle après l’attribution du Prix du jury.

Lors de la conférence de presse à Cannes, Marjane Satrapi précise qu’elle regrette que cette affaire ait pris tant d’ampleur. Elle se justifie intelligemment et parle de liberté d’expression et d’ouverture aux critiques et protestation. Avoue qu’en produisant un tel film elle s’exposait à tout ça et trouve positifs que tout le monde ne doit pas d’accord avec elle. Et ne nourrira pas cette polémique en y répondant.

Peu importe l’histoire, au cinéma, un scénario devient une fiction. Nous ne sommes pas en quête de la réalité, mais nous essayons de nous approcher le plus possible de la vérité. La réalité doit apparaître dans la presse, dans les journaux et aux informations,… Le cinéma est présent pour raconter de bonnes histoires et le plus précisément possible, et c’est ce qu’elle a fait. « 

Persepolis fut également interdit de diffusion au Liban fin mars 2008 durant un temps, avant que la polémique nationale n’aboutisse à la levée de cette interdiction.

Suite à la diffusion du film en Tunisie en octobre 2001, environ 200 salafistes ont tenté de brûler l’immeuble qu’occupe la chaîne de télévision Nessma avant de s’attaquer au domicile de son PDG, quelques jours plus tard. Toutefois une manipulation en provenance des services de sécurité en cette période de campagne électorale n’est pas à exclure.

Programmé à la Cinémathèque de Tanger qui accueille les 25 ans de la Fondation Groupama Gan pour le cinéma, « Persepolis » avait reçu le visa d’exploitation du Centre cinématographique marocain et devait être projeté à trois reprises en juillet 2012. Toutefois, et sans la moindre explication, la Cinémathèque de Tanger a annulé les projections prévues du film de Marjane Satrapi, le long-métrage est remplacé et film a disparu du site internet de la Cinémathèque de Tanger.

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Dès la parution des albums de Persepolis, le succès est incroyable ce qui provoque auprès de Marjane Satrapi un nombre de proposition d’adaptation à la pelle, dont deux venues des Etats-Unis. On lui aurait même proposé d’en faire une série à la Beverly Hills ou un film avec Jennifer Lopez dans le rôle sa la mère et de Brad Pitt dans celui de son père, ou quelque chose comme ça ! En gros tout et n’importe quoi.

Pour le coup c’est un film d’animation merveilleusement ressemblant à la BD, sur fond de musique, nous mettant en osmose avec l’histoire, une bande sin signée Olivier Bernet.

C’est en discutant avec Vincent Paronnaud que Marjane a réalisé que le projet d’adaptation sur grand écran de Persepolis était la possibilité d’entreprendre quelque chose de nouveau. Elle savais aussi qu’elle ne voulais pas faire un film toute seule. Et s’il fallait le faire à deux, elle ne pouvais le faire qu’avec Vincent qui était partant et excité comme elle par le défi que ça représentait.

Pour Satrapi il était évident que se serait un film d’animation. Un film en images réelles aurait fait perdre l’universalité de l’histoire. « Avec les images réelles, ça devient tout de suite l’histoire de gens qui vivent loin, dans un pays étranger, qui ne sont pas comme nous. C’est au mieux une histoire exotique, et au pire une histoire de  » tiers-mondiste  » ! Si les albums ont aussi bien marché partout, c’est que l’abstraction du dessin – qui plus est, du dessin en noir et blanc – a permis à chacun de s’identifier totalement. Que ce soit en Chine, en Israël, au Chili ou en Corée… Cette histoire est universelle. Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a aussi dans “Persépolis” des moments oniriques, et qu’ils n’allaient pas faire tout à coup un film de science-fiction ! Le dessin permet de garder une cohérence et une unité.

 Les deux réalisateurs souhaitaient que les dessins de Persepolis soient absolument réalistes. Ils ont donc travaillé sur un style visuel particulier le « réalisme stylisé ». Pour se faire, ceux-ci se sont inspirés du néoréalisme italien et de l’expressionnisme allemand, mais également de films contemporains comme Les Affranchis dont la réalisatrice souligne « l’énergie du montage et l’utilisation de la voix off ».

 Comme je vous l’ai dit l’auteur s’est inspirée d’elle-même et de sa famille. D’ailleurs elle avoue qu’il a été difficile de voir d’autres dessinateurs s’approprier ses dessins et reproduire son visage. « Ce n’est pas juste ça qu’ils  s’appropriaient, mais également son histoire…

Elle a l’habitude de toujours travaillé seule, alors, imaginez, quand elle entrait dans le studio et qu’elle y voyait  son visage, petit, moyen, grand. Petite fille, adolescente, jeune fille, adulte, de face, de dos, de profil, en train de rire, en train de vomir, en train de pleurer, etc. Elle n avait pas d’autre solution que de se dire « C’est juste un personnage », et de mettre ses émotion de côté si non cela aurait été impossible! Elle devait donc parler d’elle  et des personnes de sa vie comme de personnages de fiction : « Marjane fait ça, sa grand-mère est comme ça… » etc…

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Marjane Satrapi avoue  qu’au début, le plus compliqué dans la réalisation de Persepolis a été d’oublier la structure qu’elle avait déjà mis en place pour la BD. « Il a fallu repartir de zéro – mais avec les mêmes matériaux. Comme s’il s’agissait de construire tout à fait autre chose. Bref, un objet à part. Ils n’allaient quand même pas filmer les cases les unes après les autres ! Beaucoup de gens pensent qu’une bande dessinée, c’est un story-board de cinéma. Mais c’est faux! Ce sont des narrations complètement différentes. La BD est le seul moyen narratif avec images où le lecteur participe à la narration : il fait le travail d’imagination pour deviner ce qui s’est passé entre deux cases. Dans la BD, le lecteur est actif avec l’auteur, alors qu’au cinéma, le spectateur est passif. Et puis, au cinéma, il y a le mouvement, le son, la musique…

 Pour le casting, pas de Jennifer Lopez, pas de Brad Pitt, ni de film à la Beverly Hills, vous l’aurez compris.

Pour les voix françaises, c’est donc une Chiara Mastroianni qui prête sa voix à Marjane dans le film, elle donne la réplique à sa mère, Catherine Deneuve, qui tient le rôle de Tadji, la mère de Marjane. C’est la première fois que les deux actrices prêtent ensemble leurs voix à des personnages de films d’animations, même si mère et fille ont déjà joué ensemble dans de nombreux longs métrages. Marjane Satrapi explique que ce n’est qu’après avoir choisi Chiara qu’elle a réalisé qu’elle prolongeait une histoire de cinéma, puisqu’elles avaient déjà été plusieurs fois mère et fille à l’écran, elle  n’y avait pas pensé avant ! « 

Mais il y également Danielle Darrieux pour la voix de la grand mère de Marjane, le beau Simon Abkarian, dont je vous ai parlé l’année dernière qui donnait la réplique à Joan Allen dans Yes, le film de Sally Potter. Lui prête sa voix au père de Marjane.

Pour les voix anglaises, on reprend pratiquement les mêmes, on remplace juste Simon Abkarian par Sean Penn pour le père de Marjane. Avec en plus un Iggy Pop, pour la voix de l’oncle de Marjane.

  le voile?

Les voix des personnages de Persepolis ont été enregistrées avant que le film ne soit réalisé afin que l’animation, les mouvements, les expressions s’appuient sur les dialogues et le jeu des comédiens. Chaque acteur a doublé son personnage séparément, Marjane faisant les autres voix pour faciliter le jeu. Quand à Catherine Deneuve, elle en rêvait,  non seulement celle-ci a immédiatement accepté mais quand elle en a parlé à sa fille, Chiara, celle-ci n’a pas hésité à appeler la réalisatrice pour faire des essais.

Catherine Deneuve connaissait déjà la réalisatrice et avait lu les albums de Persepolis. L’actrice, qui avait participé à la mise en page d’un numéro spécial du magazine Vogue, avait fait appel à l’auteur pour créer une petite bande dessinée pour ce numéro.

Marjane étant une fan de Catherine Deneuve, avoue avoir été impressionnée et avoir eu quelques difficultés à diriger l’actrice et surtout à lui donner la réplique lors du doublage de certaines scènes… Elle explique qu’à un moment, elle devait quand même lui dire :  » Les femmes comme toi, je les baise contre les murs et je les jette aux ordures !  » Ouai, imaginez, quoi 😉

Bon eh bien je crois que vous savez à peut prêt tout sur le film et la BD de Persepolis de Marjane Satrapi. Vous l’aurez compris, c’est une histoire authentique, inspirée de vraies personnes avec de vraies histoire. Des faits réels qui ont marqués l’histoire du monde, racontée avec juste ce qu’il faut de sérieux, tout en y mettant une pointe d’humour. Un film qui marquera vos mémoires,  j’en suis convaincue. De plus, vous en ressortirez plus cultivé que jamais en apprenant certaine choses peut êtres étrangères pour certains. Ce film ainsi que les BD sont donc à voir absolument! Alors il ne vous reste plus qu’à tout agir pour découvrir ce chef d’oeuvre!

Pour la réalisation de cette rubrique à la technique Paco

Aux sons El Rordi

Et au micro votre dévouée animartice