CINEMA L’envers du décor « Lost in la Mancha »

Pour mon ultime choix, j’ai choisi un film qui va bien avec mon jingle ciné, puisqu’il s’agit de l’envers du décors d’un film, il s’agit de Lost in la mancha qui dévoile les coulisses d’un film à ce jour inachevé, réalisé par Terry Giliam, intitulé L’Homme qui tua Don Quichotte ou The Man Who Killed Don Quixote. Pendant plusieurs semaines, Keith Fulton et Louis Pepe ont suivi le réalisateur dans son combat désespéré pour sauver un projet qu’il développait depuis plus de dix ans.

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Lost in La Mancha est un film britannique tourné en 2000 et sorti en 2002.

Lost in La Mancha est tout bonnement les dessous de l’un des tournages les plus éprouvants et les plus dantesques de tous les temps, celui qu’a vécu Terry Gilliam lors des quelques jours de tournage de son célèbre L’Homme qui tua Don Quichotte. Ce qui n’était plus un secret pour personne est donc devenu un énorme making-of d’une heure trente montrant le fameux calvaire allant de problèmes financiers en désistements incessants, d’acteurs malades en délais repoussés, de tempête imprévue en avions de chasse bousillant une scène en passant par une équipe technique incompétente et un ras-le-bol quasi-général…

De making of institutionnel à l’origine, qui aurait du simplement faire partie des bonus du DVD, Lost in La Mancha se transformera vite en un documentaire, chronique du naufrage d’un film. Ce film montre donc l’envers du décor d’un tournage chaotique, nous informant au maximum quant au film en lui-même et nous dévoilant quelques minuscules scènes de ce qu’aurait pu être L’Homme qui tua Don Quichotte, ce projet de longue date que l’on qualifiera dès à présent de fantasmé par son réalisateur. Un film maudit que le destin empêche d’être terminé, à l’instar de celui d’Orson Welles.

Ainsi, à la vue de ce documentaire gigantesque et incroyablement complet, nous suivons les différentes étapes de production allant du choix des acteurs aux prises test en passant par les inquiétudes de Gilliam et surtout de ses producteurs notamment du Français René Cleitman.

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Tout au long du film on découvre les déboires surréalistes que va vivre le réalisateur de Brazil, certes habitué à des tournages difficiles, comme les Aventures du Baron de Münchausen, qui reviendra d’ailleurs régulièrement sur le tapis durant le tournage de Don Quichotte, le réalisateur exprime souvent sa peur de revivre une malédiction semblable à Münchausen.

Mais pour l’heure totalement dépassé par les évènements, que ce soit lors de la découverte de costumes ratés jusqu’au renvoi de son producteur délégué attitré. On regrette d’autant l’annulation du film en découvrant des scènes tournées avec un Johnny Depp survolté ou un Jean Rochefort habité. On ressent donc la douleur de Gilliam entre des éclats de rire et de l’enthousiasme omniprésent.

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L’homme qui à tué Don Quichotte aurait dû avoir dans les rôles principaux Jean Rochefort, Johnny Depp et Vanessa Paradis dont les seules apparitions pour cette dernière sont des tests lumière préalables au tournage, le film ayant été annulé avant qu’elle arrive sur le tournage, mais qui nous montre quand même que le rôle de Dulcinée de Tobosco lui aurait été à merveille.

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A la première tentative, Le tournage du film, comme vous l’avez compris tourna à la catastrophe: problèmes d’organisation, conflits personnels, vols de F16 intempestifs de l’armée de l’air américaine basée en Espagne sur le site de tournage, pluie diluvienne dans un lieu désertique qui dégrade le matériel du tournage et altère le décor, le désert servant de lieu de tournage devenant verdoyant le lendemain du déluge, maladie de Jean Rochefort qui l’écarte du tournage et l’empêchera pour toujours de remonter sur un cheval! Ceci ajouté au retard pris par d’autres éléments de la production contraignent Terry Gilliam et son producteur français René Cleitman à jeter l’éponge.

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L’assureur du film a ensuite acquis les droits du scénario et toutes les scènes déjà tournées, en contre-partie du remboursement des producteurs.

A la deuxième tentative Terry Gilliam a récupéré les droits de scénario il réécrit en partie le script, détenus par la compagnie d’assurance et avait prévu de tourner ce film à nouveau au cours du printemps 2010, sous réserve d’arriver à réunir les fonds nécessaires, mais cette deuxième tentative échouera également avant même le début du tournage.

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Lors d’une interview en décembre 2009, Robert Duvall confirme qu’il a été choisi par Terry Giliam pour reprendre le rôle de Don Quichotte. Puis, en mai 2010, durant le Festival de Cannes, Terry Giliam révèle qu’Ewan Mc Gregor tiendra le rôle de Toby Grosini et annonce un budget aux alentours des 20 millions de dollars. Mais quelques semaines plus tard Variety, annonce qu’en fait, Gilliam a perdu son financement.

Fin 2011, Gilliam déclare au détour d’une interview que le projet est désormais porté par un nouveau producteur et qu’il espère entrer en tournage au printemps 2012. Par ailleurs, si Terry Gilliam confirme que Robert Duvall reste son choix pour le rôle de Don Quichotte, il précise que Ewan McGregor ne fait plus partie de la distribution. A ce jour on ne sait pas si le tournage est encore d’actualité.

Y aurait-il une réelle malédiction sur ce film?

Les aventures de ce Chevalier à la triste figure perdu entre la Terre et la Lune, confrontant monde ancien face à la modernité dans une Espagne rêvée et reconstituée qui le conduit de la Manche à Pampelune en passant par l’Estrémadure… accompagné de son fidèle serviteur Sancho Pansa.

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En tout cas à en croire l’inachèvement par deux fois de ce film par leur réalisateur, outre Terry Giliam il fût en premier réalisé par Orson Wells en 1992, on peut le dire un nuage de poisse rôde sur la tête de cette histoire.

Si on prend la version d’Orson Welles, elle a été tournée sur une très longue période. Le tournage commencera en 1955 et se finira en 1964, avec entre deux des arrêts et des reprises, le réalisateur n’étant pas satisfait de son travail. Il remontera le film une deuxième fois dans les les années 70. Don Quichotte est un « Work in Progress », un travail en cours, un rêve éveillé sur Don Quichotte et l’Espagne… Au total il existe plus de 10 heures de rush conservés entre Paris (Cinémathèque), l’Italie, le Mexique ou l’Espagne (Filmoteca). La Filmoteca Española conserverait ainsi 40 minutes de film monté et doublé par Orson Welles.

En 1991, les ayants droit d’Orson Welles proposent à Jess Franco de terminer le film de manière à pouvoir « le » sortir en salle en 1992. Les critique reprocheront à ce dernier l’introduction d’effets spéciaux et une certaine facilité dans la reconstitution des dialogues post-synchronisés

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Il n’empêche que le film ainsi monté est un succès dans la mesure où il permet de rêver à ce qu’aurait été le film de Welles… ce qui est le propre du Quichotte : être toujours dans l’irréalité et de se fracasser dans la réalité mais de ne jamais céder…

Entre le cinéma et l’homme, c’est une vielle histoire d’amour. L’homme au cinéma, l’homme fait son cinéma… Une histoire vielle de plus d’un siècle. Malheureusement c’est aussi une histoire de haine, de malaise, de mal-être… Et bien souvent de compromis et de concessions. Beaucoup de réalisateur sont partit dans le décors et au milieu de ça il y les véritables artistes et auteurs, au sens noble du terme, les enfants d’Orson Welles. Des réalisateurs qui transpirent le cinéma, qui aime ça et qui se battent et que rien ni personne ne peut faire dévier de leur voie, si ce n’est pas la faucheuse qui vient stopper leur histoire comme Fellini ou Kubrick par exemple. Tout ceci pour en venir à Terry Giliam dernier bastion d’une certaine idée au cinéma dont la carrière est autant jalonnée de chef d’oeuvre que de projets avortés.

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Les malheurs de Giliam on pourrait en tirer un livre, une sage même, Lost in La Mancha n’étant qu’un déplorable chapitre parmi d’autres. Le plus malheureux et dramatique à n’en point douter. Giliam pense que quelque chose s’était éteint après Le Baron de Munchausen, un summum dans le genre.

Beaucoup de regrets par rapport à ces projets mais pas tous pour les mêmes raisons. Même pour les films qui ont bien marché, Hollywood ne veut pas de Giliam, ce chien fou aux idées subversives.

Pour ce qui est du film ce que chaque personne de l’équipe à vécu est en chacun d’eux de façon différente. Pour Giliam sa position est à part, c’est clair. Mais il ne voulait pas que Lost in La Mancha soit fait pour « LUI » ou pour l’équipe. Il voulait que ce soit avant tout un témoignage montrant combien il est difficile de faire un film de nos jours, il voulait que les gens se rendent compte de l’aspect démesuré d’un tel projet et aussi malheureusement comment tout peut s’effondrer en un rien de temps. Ce qui était important pour lui c’est que quelqu’un puisse témoigner de cette mésaventure. Et je crois que le paris de ce côté là et réussi.

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Pour résumer le malheur des uns faisant le bonheur des autres, ce qui aurait dû être un making-of comme il y en a sur presque tous les DVD Lost in la Mancha est devenu un exceptionnel documentaire, une véritable perle qu’on regarde avec le même mélange de fascination et d’horreur qu’un accident à grand échelle. « 

Un cruel échec, filmé avec honnêteté et pudeur, et même un certain humour, qui espérons-le pourra aboutir un jour et devenir le succès artistique et commercial qu’il mérite. Car après avoir vu les rares séquences filmées de «L’Homme Qui Tua Don Quichotte», après avoir vu les magnifiques décors et costumes, les interprètes doués et habités par le personnage, on en reste d’autant plus sur notre faim…

Lost in La Mancha ou le naufrage d’un film plus que prometteur est indéniablement un film fort, original et surprenant.