CINEMA L’envers du décor « Les Bouchers verts »

Pour ce 3ème volet en vert, nous allons parler boucherie et Danois. Oui le film d’aujourd’hui est une comédie réalisé en 2003 par Anders Thomas Jensen, il s’agit Des Bouchers verts ou De Grønne slagtere pour son titre original. Avec Nikolaj Lie Kaas qu’on a pu voir jouer dans les Idiots en 1998, un film dont je vous ai parlé l’année passé ou encore Dodgville film de Lars Von Trier de 2003. Et puis à ces côté le beau Mads Mikkelsen, enfin beau, il faut le dire vite, car dans ce film, nous sommes à mille lieus de la beauté. Ce dernier lui à joué dans Casino Royal en 2006 et A Royal Affaire qui est sortit l’année dernière et qui est grandiose je vous le conseil.

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Enfin revenons aux Bouchers vert un film à l’humour à moins 50° entièrement tourné en chambre froide 😉

Ce film est totalement déjanté et décaler alors si vous ne connaissez pas écouté attentivement vous aller adorer et en redemander.

 

 

C’est donc l’histoire de deux amis boucher Svend et Bjarne. Présenté ainsi, le film n’est pas véritablement attractif, je vous l’accorde. Et pourtant! Ce serait une erreur de ne pas le regarder.
Ils décident de monter leur propre boucherie excédés par leur employeur. Les débuts sont pour le moins difficiles et la clientèle se fait rare jusqu’à ce que leur ancien employeur les mettent à l’épreuve en leur offrant d’organiser le dîner du Rotary Club. La chance tourne à la suite d’un malencontreux accident qui permettra à Svend d’offrir, une recette « sauce maison », avec une viande à la saveur très originale mais à l’approvisionnement plus que délicat.

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Les antihéros des Bouchers Verts entrent dans un schéma assez banal au fond. Ils vont acheter les murs d’une boucherie, consolider leur emploi et charcuter.
Leur créneau? La viande bio, d’où de jolis uniformes vert pistache/tilleul et leur surnom de Bouchers Verts.
Ces deux professionnels de la viande, Svend joué par Mads Mikkelsen et Bjarne joué lui par Nijolaj Lie Kaas ne sont cependant pas comme tous les artisans. A la différence du boucher de votre quartier, ils sont prêts à laisser des gens mourir ou à les tuer pour vendre leur chair délicate et marinée.
Oui car suite à un concours de circonstances, un électricien venu y réparer la lumière de la chambre froide, va s’y retrouver enfermé et va donc y rester et même, y rester pour de bon. Ce n’est que le lendemain matin que Svend se souvient soudain de l’électricien, il le découvre et panique, tout le monde en ferait autant. Le problème c’est qu’il ne réagis pas vraiment comme tout le monde. Au même instant le notable de la ville, venu se moquer d’eux, se verra alors remettre quelques steaks issus du cadavre, qui, à la surprise générale, s’avéreront délicieux et deviendront une délicatesse très prisée dans le voisinage, les clients arriveront en masse dans cette boucherie à la viande si savoureuse appelée “volaillettes”.
Cela tombe bien, c’est la pleine saison des barbecues.

Pour apprécier pleinement ce film, il faudra tolérer dans un premier temps, puis adorer, ces personnages hébétés qui donnent ici une magnifique performance. Bjarne Nikolaj Lie Kaas qui a déjà joué au côté de Anders Thomas Jensen est un jeune homme rustre, l’esprit peu vif, mais extrêmement pragmatique et sincère. Sa simplicité est moins de la bêtise que de l’innocence. Son frère jumeau en mort cérébrale est à l’hôpital depuis 7 ans suite à un accident et il ne l’a pas revu depuis. Pour ouvrir cette boucherie ils ont besoin d’argent, il décident donc d’aller lui rendre visite.

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A ses côtés son ami, Svend la sueur, n’est pas plus intelligent que charismatique, mais alors vraiment pas. Il est laid, mais d’une force. Toujours stressé, transpirant, repoussant et persuadé que personne ne l’aime. Il raconte en boucle que petit déjà il était la tête de turc à l’école, qu’il avait peur de tout et que c’est pour ça qu’il réagit de cette manière, aujourd’hui les gens l’aime et lui sourient grâce à sa boucherie. Mais cet homme, constamment ridiculisé voire méprisé, va nourrir une ambition excessive. Toute l’intrigue du film repose sur cette incontrôlable névrose. Puis les seconds rôles valent aussi le détour et apporte à cette intrigue un petit plus, comme par exemple un des vieux membres du Rotary Club qui lors d’un terrible accident survenu dans le passé c’était vu obliger manger sa femme pour survivre ou encore l’ancien patron jaloux qui se doute de quelque chose. Tous personnages aussi atypiques ne demandaient qu’à être mis en scène. Les propos que Bjarne échange avec les autres personnages semblent robotisés, et nous plongent dans un univers qui existe sans exister, un monde hybride féerique où n’entre que la folie.
La folie, n’est-ce pas d’ailleurs de ça dont traite le film? Mais pas de la leur. Il nous questionne sur la notre. Le naturel avec lequel les personnages agissent nous dérange et nous rendent dès lors «différent». Nous plongeons alors gaiement dans ce drôle d’univers, savourant chaque instant de ces dialogues impossibles.

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Si cette extravagance n’est pas d’une affolante originalité, le film est néanmoins un petit chef-d’œuvre danois né d’un simple constat. Anders Thomas Jensen, ce réalisateur danois qui n’a pas moins de 40 scénario à son actif et 7 réalisation, a développé ce scénario en remarquant que de nombreuses personnes sont prêtes à aller très loin pour « passer à la télé ».

Quand Les Bouchers Verts sort en salle, le thème d’une entreprise faisant son chiffre d’affaire sur l’anthropophagie n’est ni inédit ni innovant.
De Sweeney Todd à Delicatessen en passant par Soleil Vert, la prospérité cannibale comme métaphore d’une société violente et absurde est déjà un cliché.
Ce qui fait tout le charme du film danois réside dans ses personnages principaux naïfs et blessés répondant par la violence.
Lâches à l’encontre de leur ancien patron tyrannique, ils n’hésitent pas à laisser leurs frustrations frapper les mauvaises personnes. Ce, avant d’assumer leur étiquette de bouchers sadiques et de se débarrasser d’êtres humains qui n’auront jamais été aussi bons que morts.

Avec un fort potentiel d’humour noir, Les Bouchers Verts est un film danois pour ceux qui savent encore sourire de leur consommation excessive de chair fraîche et pour les végétariens convaincus que la mise à mort d’être vivants pour notre bien-être n’est plus une option acceptable.

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Alors oui c’est une cascade de meurtres qui s’enchaînent, on les sens venir et c’est génial. Nous retrouvons ainsi dans ce film une esthétique courante au sein de nombreux films scandinaves. D’autres adopteront la comparaison avec Delicatessen. Mais si nous ne devions parler que de ce film, je dirai qu’il est glauque, improbable, drôle et poétique. Voir quand même aussi, qu’on frôle le film d’épouvante. Bref malgré les remontrances de Bjarne qui dit à son ami qu’il faut arrêter ça à présent, même si c’était bien, Svend continue, car sans les volaiettes, y a pas de boucherie et heureusement au final, si non il n’y aurait plus de film non plus. Des répliques vraiment excellentes, comme par exemple « Si tu n’as pas envie de voir du monde évite la chambre froide ». Bref moi j’adore, j’adhère.
Notre plaisir de spectateur révèle peut-être notre propre folie: il nous sera facile de murmurer durant le film « Alors elle, direction la boucherie ». Voilà que nous assassinons à travers nos fantasmes les personnages. Et parce que le morbide se lie avec la poésie des personnages, le film ne demande qu’à être vu.

Comme de nombreux films scandinaves, Les Bouchers Verts adopte une esthétique froide, aussi crue que la franchise des personnages.
Le plus laid est sublimé par une image taillée minutieusement. Comme je l’ai dis un peut plus tôt, Mads Mikkelsen est beau, mais pas dans ce film, ici les maquilleuses ont fait un véritable travail de maître, elles l’ont rendu des plus laid qu’il soit. Le crâne de Svend fait ainsi l’objet d’une attention particulière lors de nombreux plans: de profil, en plongée, etc. La laideur de sa coupe devient soudainement objet de curiosité, de recherche graphique, d’œuvre d’art. Durant son œuvre, Anders Thomas Jensen continue l’éloge du moche à travers des images subtiles de corps morts accrochés dans la chambre froide comme une vulgaire pièce de viande sans âme. Ils n’apparaissent jamais plus de quelques secondes, comme une relique précieuse que le réalisateur ne peut pas trop dévoiler.
Le morbide nous dérange ou nous fait rire, mais il faudra l’accepter, car ce film l’est délicieusement.

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Ce film est une pièce de choix, stylisé et peut courant, imprégnée d’une marinade aux pointes d’humour noir bien senties. Ça parle d’amour, de confiance en soi. Avec ce succès qui arrive de manière très particulière, les deux héros fort sympathiques, le timide maladif et le misanthrope assumé, se retrouvent fortuitement dans un cercle vicieux aussi cocasse et saugrenu que morbide et délicieusement glauque. Il ne faut pas attendre de ce film de la « Boucherie de gros » ou un enchaînement de gags sur ce thème, pour pouvoir apprécier à sa juste valeur cette histoire prenante et originale au dénouement bien trouvé, ainsi que l’humour noir assez fin qui s’en dégage. L’intrigue du film repose au finale sur une question, est-ce qu’à un moment donné ils vont s’arrêter? Y en a t-il un des deux qui va stopper cette folie? Eh bien il faudra le voir pour le savoir 😉 Bref, un excellent film devant lequel on ne s’ennuie pas.

Alors en ces temps où réaliser une bonne comédie devient difficile, ici, on se retrouve avec un film, parfois dérangeant, souvent comique, et finalement très sympathique, je vous le conseille vivement!