CINEMA CHOC « TAXI DRIVER »

Pour ce 7ème et avant dernier film de ma rubrique, j’ai choisi un film américain qui à ma vue n’est pas un grand film, mais, qui aux fil des années est devenu, malgré mon avis, un film culte! Aujourd’hui je vous parle de Taxi Driver écrit par Paul Schrader et réalisé par le grand Martin Scorsese en 1976. C’est un drame psychologique qui remportera la Palme d’Or au Festival de Canne et fut nommé pour quatre Academy Awards, y compris pour celui du meilleur film. Et le rôle principal, un chauffeur de taxi new-yorkais, est attribué au non moins célèbre Robert De Niro.
Vétéran de la guerre du Vietnam, Travis Bickle, joué par Robert de Niro est donc chauffeur de taxi. Ses rencontres nocturnes et la violence qu’il voit tout les jours, lui font perdre peu à peu la tête ce qui par la suite le décidera à délivrer une prostituée mineure de ses macrau et bien d’autres démarches encore.
On écoute la bande annonce que je trouve juste géniale, on en fait plus des comme ça.

Je voudrais vous prévenir pour ce film aussi, comme pour celui d’hier, que vu l’année de sortie, il y prescription, et que je vais vous dévoiler tout ou presque, sur le film. Alors si vraiment vous ne l’avez pas vu! Eh bien à vous de voir, si vous m’écouter… en même temps ça me ferait plaisir que vous restiez…

Travis Bickle est un jeune homme du Middle West qui a récemment été démobilisé des Marines. Il en ressort avec une personnalité déséquilibrée et devient de plus en plus un individu refoulé, en marge de la société. Souffrant d’insomnie, il décide de prendre ce travail de chauffeur de taxi et se porte volontaire pour faire des nuits. Puis il passe son temps libre à regarder des films porno dans des cinémas sordides, et à rouler, sans but dans son taxi.
Il est horrifié par la décadence morale qu’il pense voir autour de lui, ça le mets en rogne, il devient fou. Quand Iris, prostituée de douze ans et demi, joué par la jeune Jodie Foster qui à cette époque a tout juste 14 ans, monte une nuit dans le taxi de Travis, poursuivie par son proxénète, il devient obsédé par l’idée de la sauver, malgré le désintérêt de la jeune fille.

Un autre rôle dans ce film, Betsy qui est tenu par Cybill Sheperd, que vous avez sans nul doute, du voir il y a quelques années dans Clair de Lune, elle joue une assistante du sénateur de l’Etat de New-York et Bickle en est également obsédé. Après une première rencontre a son travail, elle accepte un rendez-vous avec lui, qui va tourner, plutôt, disons pas comme une lady le souhaiterai, il l’emmène dans un cinéma miteux où, contre son gré, elle va voir un film porno. Pas très romantique hein? En même temps y doit pas connaitre grand chose d’autre. Bref, au bout de quelques instants, elle quittera la salle, dégoûtée.
Bickle est plus qu’en colère, car elle ne donne aucun signe de vie c’est là que le personnage de Travis va changer, un anti-héro, complétement taré, une machine à tuer et qui décide pour se venger d’assassiner le sénateur. Mais il échoue en beauté. Du coup il change de cible et s’en prend au proxénète d’Iris. Il fini par le tuer, après avoir tirer sur certain qui lui coupaient le chemin, mais se retrouve lui-même bien amoché suite à cet assaut.

Décortiquons un peut la fin du film, certains ont pu voir dans la scène finale la rêverie romantique d’un Bickle mourant, tandis que d’autres y analysent une fin réelle et positive. Malgré les divergences d’interprétation, le film s’achève de manière harmonieuse, sur la thématique de la rédemption, qui est une des quêtes principales de tant de personnages chez Scorcese.
Mais la fin du film peut cependant être analysée différemment: après que Travis ai déposé Betsy, celui-ci repart dans son taxi. Alors qu’il déplace son rétroviseur pour ne plus avoir à y supporter la vue de son visage peut mettre ici en lumière la honte ressentie par le personnage, et le dégout qu’il porte à son acte, bien que celui ci ait été largement applaudi par la presse New-yorkaise. En décalage avec les louanges des journalistes, Travis semble malgré ça être conscient du caractère barbare de ce qu’il a fait, motivé par une escalade nerveuse purgée de toute raison et d’un désir d’exprimer toute la violence de sa personne. Scorsese met ici en relief le peu d’estime que se voue le personnage, l’idée d’un orgueil largement dévalorisé par le massacre qu’il a commit, et peint surtout le portrait d’un héros malgré lui, d’un homme vedettisé malgré l’horreur de son crime.

Autre interprétation: Travis ne s’intéresse pas charnellement à Betsy qui reste pour lui la femme idéale et utopique. C’est Betsy qu’il regarde brusquement et à plusieurs reprises dans son rétroviseur après qu’il l’ai déposée, sans lui avoir répondu à un seul moment. Peut-être que Betsy n’était qu’un fantasme qu’il retrouvait dans son taxi? Mais la fin est extrêmement pessimiste et d’ailleurs, le film s’achève sur une musique aux accents particulièrement inquiétants. Travis n’est pas guéri par sa violence suicidaire. C’est avant tout la notoriété qu’il recherchait, il voulait à tout prix être reconnu par l’opinion et par les médias. S’il assassine des crapules pour délivrer une petite prostituée qui le repousse, c’est parce qu’il vient d’échouer dans l’assassinat du sénateur. La délivrance est secondaire: il lui faut avant tout se libérer de ses propres frustrations. Travis est en fait un dangereux psychopathe qui peut récidiver à tout moment, alors que l’opinion voit en lui un héros, comme les parents de la petite prostituée.

La musique de fin faite par Bernard Hermann, un compositeur réputé pour son travail avec Alfred Hitchcock, et pour ce film ce fut la dernière composition sur laquelle il travaillera avant sa mort, le film lui a d’ailleurs été dédié.

Revenons au film. En 1976 à New York, année où le film fait sa sortie, la ville connaît un taux de criminalité le plus élevé au monde, cela n’aura pas empêcher Paul Shreader d’écrire ce film en un temps record, 5 jours seulement, une sorte de biographie, car son couple venait de partir en torpille et fréquentait du coup à ce moment de sa vie, les cinéma porno et se voyait développé en lui une obsession morbide pour les armes à feu. Le film fut très critiqué pour sa violence, dans le sens où cette dernière n’a aucune explication à donner, elle explose tout simplement. Pourtant, seuls quatre personnages sont tués. Mais pour ne pas mettre en péril le film côté censure, Scorsese atténuera les couleurs pour rendre le sang moins visible, surtout dans la scène de la tuerie, qui à cette époque était considérée excessivement forte. Même aujourd’hui, elle conserve une puissance émotionnelle indiscutable. Il reste que ce film fut le premier à parler des conséquences de la guerre du Vietnam sur les soldats qui y ont combattu.

Avant que Paul Shreader insiste pour que Scorcese et De Niro se retrouvent devant et derrière la caméra, ce fut d’abord Robert Mulligan, réalisateur de « The Man in the moon », qui était pressenti à la réalisation de Taxi Driver, ainsi que Jeff Bridges pour le premier rôle. Puis Bryan De Palma fut également intéressé pour la réalisation. Mais finalement belle réussite que ce jeux entre Scorcese et De Niro qui s’entendent à merveille. Pour alléger le budget du film les deux compères acceptent même de diminuer leur salaire. A savoir que pour celui de l’acteur c’était 5 fois moins que ce qu’on lui proposait pour jouer dans un film de Richard Attenborough. Et avant le tournage, pour ce film De Niro travaillera douze heures par jour dans un taxi et étudiera les maladies mentales afin d’être complètement dans son rôle.
Bref nous avons là un Martin Scorsese équilibriste, qui fait d’une histoire où il ne se passe pas grand chose, une oeuvre qui nous parle à tous et qui reste complexe malgré les relectures. Il est à la quintessence de son art tel que Robert De Niro qui joue ce rôle de Travis comme personne n’aurait pu le faire. Ce chauffeur dont on ne sait rien, qui se transforme en chevalier en armure jaune sans cause, un antihéros complètement à la dérive et bientôt prêt à tuer.
On parle beaucoup de De Niro mais Jodie Foster est elle aussi extraordinaire dans son rôle. Des images cultes, des répliques culte telle que le fameux « You’re talking to me? », qui, il faut le dire est une totale improvisation de l’acteur, et qui sera d’ailleurs reprise par Vincent Cassel dans le film la Haine de Mathieu Kassovitz, mais ça ça sera pour demain.

Taxi Driver n’est pas un film qui laisse indifférent: soit on aime, soit on déteste. Scorcese et Shreader n’en ont pas fait un film qui caresse le spectateur dans le sens du poil, au contraire il est antipathique, violent, immoral, glauque, sombre et pessimiste. Et pourtant en 1976, le film fut un énorme succès. Taxi Driver est un Film Culte dont nous devons accepter la crasse.

C’est pas chic, mais qu’est-ce que c’est choc! NON?!

Bravo à René Favre qui à remporté une entrée au cinéma Royal et une entrée pour le carnaval en répondant à la question du jour.
Qui a réalisé ce film? Martin Scorcese