CINEMA CHOC « IREVERSSIBLE »

Aujourd’hui on parle d’un film français écrit, dirigé et réalisé par Gaspar Noé, sorti en 2002. Un autre film choc et pas des moindres.
C’est renversant, bouleversant et surtout irréversible, c’est le titre du film d’aujourd’hui.
C’est l’histoire d’un couple, d’une agression, d’un viol et de vengeance. Sont en scène dans ce film, La belle Monica Belluci, Vincent Cassel et enfin Albert Dupontel.
Le réalisateur nous donne ici une approche hallucinante du cinéma, un genre nouveau à nous mettre la tête dans tout ses états, les pires qu’ils soient. Le film nous donne le tourni, la nausée et de sacrées sueurs froides. Pourquoi hallucinant et renversant? C’est que le film commence par la fin de l’histoire et fini par le début. Je vais donc essayer de vous parler du film sans pour autant tout vous dévoiler, mais attention je vous préviens, il va falloir avoir l’estomac parfaitement accroché, car rarement un film n’aura provoqué autant de réactions et d’interprétations contradictoires de la part du public, des médias et des critiques de cinéma à la sortie de ‘Irréversible’.

Gaspard Noé prend un acte, que le lecteur survole habituellement du regard dans le journal du matin comme un « fait divers » rendu par les médias d’une extrême banalité, distancé et dépersonnalisé à l’extrême, et adopte ici une démarche complètement inverse de celle des médias, en nous montrant toute l’ignominie, toute la cruauté, et ses conséquences destructives et sauvages sur l’entourage de la victime. Pour y arriver il va user de tout les moyens. Cette démarche dangereuse et peu compréhensible sans un certain recul au préalable est sans doute la cause du rejet en bloc et de l’incompréhension du film par une partie du grand public. Il faut en effet traverser une heure excessivement difficile et éprouvante avant de comprendre peu à peu la démarche et le message.
Comme je vous le disais en début de chronique, le film est monté de sorte qu’il débute par la fin de l’histoire. Chaque scène est donc présentée en ordre décronologique. Ainsi toutes les séquences qui suivent et qui durent environ une dizaine de minutes, racontent ce qui s’est passé précédemment. Le film se termine sur le début de l’histoire.

Tout commence par un faux-générique de fin habilement déroulé à l’envers. Gaspar Noé reprend le principe de Memento de Christopher Nolan et raconte son récit non pas par une chronologie simple ou des flash-backs éclaircissant les faits mais en remontant peu à peu le temps, passant de la folie au calme, de la haine à l’amour, de l’enfer au paradis. Ce dispositif narratif n’est pas une astuce scénaristique. Il change simplement la perception des personnes et du propos.
La première demie-heure plonge le spectateur dans le chaos. La caméra semble insaisissable, fixe la lumière, les murs, scrute le moindre personnage. On est transformé en un papillon de nuit qui recherche systématiquement la lumière. La musique Silent Hillienne , de Thomas Bangalter, une moitié de Daft Punk, et l’incroyable travail sur le son, provoque l’hypnose. Ces trente premières minutes sont accompagnées d’un bruit de fond d’une fréquence de 28 Hz (basse fréquence proche d’un infrason), difficilement audible mais pouvant être ressenti à travers la cage thoracique.
Pour les humains, ces bruits à basse fréquence peuvent provoquer nausées et vertiges, bien qu’il n y ai pas que ces sons qui provoquent ça, car moi sans home cinéma et un mauvais son à la maison, et bien plus loin, que les 30 1ères minutes j’ai quand même ressenti tout ça! (vous vous souviendrez longtemps des bruits de sirène accompagnant la scène dans la boîte de nuit que vous pouvez entendre en fond maintenant). Le cœur renversé, les repères bouleversés, on guette le moindre moment de calme, pris dans une tourbillon de bruits, d’images et d’odeurs.

Enfin la caméra se calme. On accompagne Marcus et Pierre dans les back-stage d’une boîte homo, Le Rectum. Marcus cherche un homme avec visiblement des intentions très agressives. Pourquoi ? Gaspar Noé, en inversant la chronologie, transforme profondément le sens du film. Sans connaître le but de la vengeance, celle-ci paraît disproportionnée et animale. Cette 1ère scène, celle du meurtre, c’est Pierre qui se saisit alors d’un extincteur. Le passage est d’une violence inouïe, le travail sur le son est terrifiant. Chaque coup d’extincteur est une détonation. Peu à peu le visage de l’homme frappé est réduit en bouillie. Albert Dupontel est incroyable dans ce passage. Son regard n’exalte aucune haine, juste du soulagement et du désespoir.

Plusieurs retour en arrière, puis le spectateur est assommé à nouveau, sonné. Un viol est évoqué. Gaspar Noé filme la réalité dans sa durée. Sans aucun mouvement de caméra ni ajout de musique, il nous montre donc un viol dans toute son horreur. Cette scène fut pour ma part insoutenable. Gaspard Noé impose son idée, sa vision, et le spectateur subit le film plus qu’il ne le regarde. A l’image du viol physique d’Alex, le personnage interprété par Monica Belluci, le spectateur impuissant subit un viol psychologique à la condition bien sûr de résister à l’envie oppressante de quitter son siège ou de zapper (dans le cas du DVD).mais en aucun cas le filmage de la scène n’est complaisant. Et c’est justement après cette scène que le procédé narratif devient non plus une astuce narrative mais un coup de génie. Irréversible n’est pas un film sur la vengeance après un viol sordide, mais un long-métrage sur le bonheur avant un événement horrible. Tout semble écrit à l’avance. Le temps détruit tout. Gaspar Noé ne glamourise pas la recherche du violeur. Bien au contraire, il montre un engrenage. La violence appelle la violence. Œil pour œil, dent pour dent. La vengeance est un droit de l’homme. Pourquoi ? Car pour Gaspar Noé, l’homme, au contraire de la femme, est un être impulsif, secoué de pulsions violentes, en résumé un animal.

Le trio d’acteur est formidable et ils sont plus vrai que nature. L’improvisation des scènes confère à Irréversible une hyper-réalité parfois maladroite, toujours touchante. Vincent Cassel en chien fou enragé fait peur, Albert Dupontel en bombe à retardement est époustouflant et Monica Belluci… et bien on pleure pour elle. Puis l’amour évident entre Monica Bellucci et Vincent Cassel accentue aussi le réalisme des scènes intimes qui atteignent ainsi une vérité, la Vérité. Albert Dupontel en ex-amoureux réfléchi qui se contient, qui pense d’abord au bonheur d’autrui avant de finalement lui-aussi céder à sa pulsion animale, livre une composition étonnante.
Côté musique comme je vous le disais c’est signé Thomas Bangalter, Daft Punk, on reconnait bien ici sa patte et cela donne la touche en plus au film, extrait

Qu’on le prenne pour un pervers ou un manipulateur, Noé n’en est pas moins un virtuose. Il utilise l’art du mensonge non pas pour atténuer ou faire oublier le réel mais pour l’amplifier. Du coup en sortant de la salle, la réalité est un soulagement.
Ce décalage dans la perception des faits donne toute sa force au film. Il rend insoutenables les deux scènes de violence physique comme il ajoute un côté déchirant aux moments de bonheur devenus impossibles.
Le deuxième film de Gaspar Noé est un objet cinématographique non identifié, une bombe sensorielle et formelle, un film unique qui prend au tripes jusqu’à l’écœurement et la nausée. Ce vrai choc tellurique aux effets durables et persistants est un film incroyablement maîtrisé avec une esthétique et un message sombre et pessimiste, soutenu de sons et d’images bouleversantes. Irréversible, bêtement critiqué par certaines presses est une ode à la féminité avant d’être une simple histoire de vengeance, une œuvre responsable et réfléchie.
La naration inversée choisie délibérément par le réalisateur de ‘Irréversible’ retire au public une libération, cet exutoire. En imposant chronologiquement l’acte de vengeance avant le viol d’Alex, Gaspard Noé annihile le crescendo dramaturgique auquel le spectateur est confronté habituellement et lui refuse cet exutoire libérateur d’où un malaise, un rejet violent extrêmement naturel de la part des spectateurs et ce fut sans doute la réaction recherchée par Noé.
Avec Seul contre tous, Noé avait déjà frappé l’imagination avec un étonnant travail sur le cadrage et l’usage d’une voix-off hallucinatoire. Pour Irréversible, il déploie sa science du plan-séquence. Admirateur de Stanley Kubrick, il reprend-là l’une des idées du maître décédé. A son sujet, sa forme.
Irréversible convoque aussi Lars Von Trier, Hanecke, Peter Tcherkassky et Hou Hsiao-Hsien :

Ce qu’il faut savoir sur ce film, c’est qu’il fut présenté à Cannes lors du festival en 2002, et ce fut l’un des films les plus controversés de cette année, entraînant la France dans un débat extrêmement passionné, avec les deux scène hyper explicites, réalistes et violentes. Durant la projection, plus d’une vingtaine de personnes ont fait des malaises, nausée, étourdissement etc… et sur les 2400 places dans la salle, 200 personnes sont sorties avant la fin du film. Je dois dire que je me suis fait beaucoup de mal en regardant ce film, mais je suis contente de l’avoir regarder jusqu’au bout, et je dis dommage à ceux qui n’ont pas vu la fin, qui n’est autre que le début de l’histoire et de ce fait se termine sur une note de joie de calme et de bonheur, ouf…. on respire… un peut

Oui Irréversible Foudroyant, impitoyable, pervers Incandescent. Insupportable. Incroyable. Inimaginable. Irracontable . Insoutenable
Ce film ne manque pas d’adjectifs pour le décrire, des bonnes et des mauvaises critiques pas toujours très constructives pour ces dernières, je pense qu’il faut le voir et l’apprécier… ou pas.
On ne peut tout simplement pas regarder ‘Irréversible’ à répétition à moins d’avoir clairement quelque chose qui cloche ou bien d’avoir envie d’analyser son fonctionnement.
Rarement un film n’aura provoqué autant de réactions et d’interprétations contradictoires de la part du public, des médias et des critiques de cinéma à sa sortie.

Parce que le temps détruit tout, parce que certains acte sont irréparables, parce que l’homme est un animal, parce que le désir de vengeance est une pulsion naturelle, parce que la perte de l’être aimé détruit comme la foudre, parce que l’amour est source de vie, parce que toute histoire s’écrit avec du sperme et du sang, parce que les prémonitions ne changent pas le cour des choses, parce que le temps révèle tout, le pire et le meilleur.
‘Irréversible’ n’est pas un beau film, c’est une expérience douloureuse et exténuante dont on ressort traumatisé, bouleversé, dégoûté et dont les images vous hanteront longtemps après… mais on en ressort également avec une incroyable pulsion de vie !

c’est pas chic, mais qu’est-ce que c’est choc! NON?!

Bravo à Sandrine Zahno qui a remporté deux billets de cinéma au Royal en répondant à la question du jour.
Qui signe la musique du film? Thomas Bangalter, une moitié de Daft Punk