CINEMA CHOC « C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS »

Lorsque le projet Blair Witch est sortit en salles en 1999, il a fait prendre de panique l’ensemble des cinéphiles par l’habile amalgame de documentaire et fiction que proposait ce film, prétendant être un document véridique trouvé au fin fond des bois. Blair Witch fut une belle réussite en son genre, mais contrairement à une croyance populaire, il fut loin d’être le premier en son type. Car, le monde du film noir belge (et même international) a pris une sacrée claque dans la gueule en 1992 lors de la sortie de « C’est arrivé près de chez vous ». Réaliser par Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde, Un pur délice antimédias, zigzaguant aux frontières de la morale, sombre à faire peur, cruel, dégueulasse, à mourir de rire.
C’est arrivé près de chez vous raconte l’histoire d’une équipe de journalistes qui font un reportage sur un homme dont le travail est de tuer, oui oui j’ai bien dis de tuer des gens. On le suis donc tout on long du film dans sa vie professionnelle. Meurtre, violence et humour noir se succèdent pour le plaisir ou pas du spectateur.

Apparemment j’ai entendu dire qu’il faut être fondamentalement Belge pour pouvoir apprécier ce film. D’après eux il faudrait voir ce film comme une comédie, voire une parodie, de Strip-Tease, documentaires belges diffusé sur la RTBF, d’un genre nouveau dans lesquels les journalistes s’effacent pour laisser parler les protagonistes seuls et les mettre à nu, si l’on a jamais vu cette formidable émission, on ne peut apprécier le film. Ces reportages socio-dérangeants, pour ceux qui ne les situeraient pas, ont été tourné chez de vrais gens, de vrais Belges, à qui il arrive de vrais problèmes. C’est formidable ! La petitesse d’esprit et la connerie nous entoure. Même si l’on est petit, laid, juif, noir et roux, on se sent bien après ça. Mais que nenni, je connais des gens qui ne sont pas Belge et qui ont adoré ce film.
Si présentement l’acteur Benoît Poelvoorde pur inconnu en 1992 est devenu une superstar en France, il n’en fut pas toujours ainsi et il fut un temps où la présence magnétique de cet acteur fut terrifiante et hautement déstabilisante. Aujourd’hui tout le monde sait qui est Benoit Poelvoorde et connaît ou Le Boulet ou Podium.
Mais si l’on revient à l’époque de la sortie du film, Poelvoorde incarne avec brio son personnage et le maitrise totalement. Sa présence est l’un des principaux attraits du film, car l’acteur y offre sa meilleure performance et il a un talent incroyable pour interpréter l’humour noir tout en restant terrifiant et réaliste.

Met-on nous dans le contexte… Au moment d’une des séquence du film, le tueur invite les reporters faisant un film à son sujet à boire un Petit Grégory. Chacun remplit son verre d’une «larme de gin» et d’une «rivière de tonic», puis y jette « la p’tite victime »: une olive attachée par une ficelle à un morceau de sucre. Le sucre se dissout alors progressivement dans l’alcool, laissant au bout d’un temps plus ou moins long l’olive remonter à la surface. Ce cocktail fait clairement référence à l’affaire Grégory , en 1984. L’olive lestée du sucre symbolise le petit Grégory lesté de pierre (le tueur rappelant ainsi à ses compagnons ses explications données en début de film sur comment trouver le bon poids pour chaque catégorie d’âge si l’on veut plonger des cadavres dans l’eau et éviter de les voir remonter à la surface).

Après ça, le spectateur sait donc immédiatement ce qu’il l’attend pour la suite des évènements.

Comme je vous l’ai dis il y a quelques minutes, ce film met donc en scène une petite équipe de journalistes qui tournent un reportage sur Ben, un homme qui a la particularité de tuer, pour gagner sa vie. Il s’attaque principalement aux personnes de la classe moyenne et aux personnes âgées, préférant «travailler petit, mais que ça rapporte beaucoup». Ce faux documentaire , bien trop exagéré pour qu’il puisse paraître vrai, est dirigé par Rémy (interprété parRémy Belvaux ) qui interroge Ben (Benoît Poelvoorde ) sur sa «vie professionnelle». Mais bien souvent, Rémy se contente d’écouter les monologues-fleuves de celui-ci. Au fil de l’histoire, Rémy devient son ami et ensuite son complice. L’équipe est aussi composée d’un caméraman et d’un preneur de son qui sont assassinés pendant le reportage lors de fusillades entre Ben et des ennemis du milieu. Ben assassine, comme d’autres vont à l’usine: tuer, c’est son métier. Il exécute sans plaisir, sans remords non plus. Commettre un assassinat n’est pas une chose importante à ses yeux. Par exemple, il se plaint des fraudes des chefs de chantiers juste après avoir assassiné un veilleur de nuit Extrait veilleur de nuit(«un veilleur noir, pour qu’on le voie moins la nuit»), ou encore il parle de cinéma après avoir assassiné un homme et sa femme Extrait vieux fusil («Ça ne vous rappelle rien?Le Vieux Fusil ,Philippe Noiret … bon film ça») .Ben est aussi poète. Il improvise par exemple un poème sur les pigeons en pleine fusillade Extrait pigeon(«Pigeon, oiseau à la grise robe / Dans l’enfer des villes / À mon regard tu te dérobes / Tu es vraiment le plus agile») et un autre poème sur la mer du Nord au restaurant (inspiré de la chanson de Jaques Brel Le Plat Pays ) . Il semble cultivé, principalement concernant l’art et le cinéma, et a son mot à dire sur tout: A propos des logements sociaux par exemple: Extrait Briques rouges «Qu’est-ce qui te choque la première fois que tu vois ça? La première chose qui te saute aux yeux? Les briques! C’est les briques rouges! Mais le rouge, c’est la couleur de quoi? Le rouge, c’est la couleur du sang, le rouge, c’est la couleur des Indiens, c’est la couleur de la violence!». Chez Ben transparaissent racisme et homophobie, manifestés avec une grande candeur Extrait Japon défaut(«…typiquement dans l’esprit des jardins japonais, parce que ces gens-là, malgré tous leurs défauts, avaient compris beaucoup de choses!»;

Accusé à l’époque de sa sortie, de n’être qu’un autre prétexte pour montrer de la violence au cinéma (souvenons-nous que la même année est sorti sur les écrans américains le premier Tarantino),C’est arrivé près de chez vous est un film beaucoup plus profond qu’il puisse y paraitre. Déjà, simplement dans la violence, ces meurtres que commet le tueur sont de moins en moins drôles et finissent par frapper un point où tout ce qui paraissait amusant en premier lieu devient un spectacle horrifiant qui glace le sang. Derrière tout ce sang et ces assassinats gratuits, on y trouve surtout un film sur le cinéma qui plonge le spectateur au sein de l’équipe, le transformant en caméraman et suivant les aventures de ses collègues qui tentent de créer un film, mais dont le manque de financement pousse le terrifiant assassin à devenir un producteur. Bref, un film qui traduit une certaine réalité car le trio de réalisateurs belges n’avait absolument pas d’argent. C’est pourquoi le film a été tourné en noir et blanc et en 16mm, que beaucoup d’acteurs ont joué gratuitement et que toute la famille de Benoît Poelvoorde s’incarne elle-même, n’étant pas prévenue du sujet du pseudo documentaire. Même la mère de Benoit croyait réellement à un vrai documentaire sur son fils. Leur authenticité aide largement le film, en particulier dans leurs moments plus émouvants.



C’est arrivé près de chez vous n’arrive cependant pas à se trouver une ligne directrice assez définie, ce qui en résulte, un film confus qui se cherche constamment. Une intrigue secondaire semble soudainement apparaitre vers la fin du film, pour des raisons que l’on ignore totalement et le film se termine de façon très brusque, comme si les trois Belges avaient abandonné leur personnage.

A savoir en plus, que la première version était à l’origine le film de fin d’études de Rémy Belvaux à l’INSAS , école belge de cinéma. Des séquences supplémentaires ont du être tournées par la suite pour allonger sa durée et rendre possible une sortie en salle.
La scène du viol (où les protagonistes débarquent en pleine nuit violer une pauvre femme avant de la tuer ainsi que son mari, tout en chantant gaiement «C’est la ronde de nuit!»), filmée crûment et sans tabou, a été coupée dans plusieurs versions exportées, afin d’éviter la censure.
L’affiche originale montrait une tétine qui giclait une flaque de sang. Sur l’affiche française la tétine a été remplacée par un dentier. Actuellement l’affiche originale n’est plus censurée, elle est devenue la jaquette du DVD.


Ce qui choc outre mesure c’est que le film a inspiré « Le tueur fou de Mouscouron » en 1992. Un jeune homme avait alors semé la terreur dans la ville pendant plusieurs semaines en tirant au hasard sur des personnes, et en blessant plusieurs, dont une mortellement. Il avait entre autres tiré sur une dame qui habitait la maison qui a servi de décor dans la scène où le personnage principal abat toute une famille dans le film. Il a été prouvé au cours de l’enquête que le jeune homme n’avait finalement pas regardé ce film, et que c’est fortuitement qu’il aurait tiré sur cette maison qui a servi de lieu de tournage.
Pour conclure, Par delà les dialogues du film, les scènes toutes aussi marquantes les unes que les autres, l’humour noir, et la légèreté apparente des personnages on peut entrevoir une réflexion sur le voyeurisme, la manipulation des images, et la complaisance des équipes de tournage, ce fameux «Man Bites Dog» (pour son titre américain) est un film indéniablement culte et l’un des meilleurs provenant de la Belgique. Bien qu’imparfait pour son scénario, Benoît Poelvoorde compense largement aux lacunes! Pour un premier véritable film, le trio aura marqué le cinéma européen des années 90 à jamais en créant une oeuvre qui ne cesse de faire de nouveaux adeptes, un exploit fortement louable! Du grand art!
c’est pas chic, mais qu’est-ce que c’est choc! NON?!

Bravo à Jocelyne Pernet qui a gagné 2 billet de cinéma au Royal en répondant à la question du jour:
En quelle année est sortit ce film? 1992

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