CINEMA CHOC « 8 MM »

8mm réalisé en 1999 par Joel Shumacher et écrit par Andrew Kevin Walker, le sénariste de Seven, avec Nicolas Cage, Joaquin Phoenix, James Gandolfini et Peter Stormare.
C’est le deuxième film de ma liste que je vous propose aujourd’hui.
« Huit Millimètres est est un thriller très glauque et très violent, profondément pessimiste, sur le thème du « snuff movie », construit autour d’un meurtre abominable et mystérieux, mais c’est surtout l’étude approfondie d’un être humain et de sa vertigineuse descente aux enfers. Cette odyssée d’un homme au coeur des ténèbres, et son retour à la lumière étaient sans aucune commune mesure avec les scripts que Joel Schumacher avait eut au paravent entre les mains.
Ce film raconte l’histoire d’un « Privé » à Harrisburg, Pennsylvanie, qui mène une vie banale avec sa femme et leur petite fille. Entre deux filatures pour adultère, il rêve de l’affaire exceptionnelle qui fera de lui un grand parmi les grands. Lorsqu’une richissime veuve lui demande d’enquêter pour elle sur la découverte macabre d’un film 8mm, Tom bascule dans un univers dont il ne soupçonnait pas l’existence. Les sévices et le meurtre de la jeune inconnue filmés sur la bobine sont-ils seulement une fiction ou bien une terrifiante réalité ?
Un thriller choc !

TOM WELLES joué par Nicolas Cage est détective privé, pour qui les affaires marchent du tonnerre, sa réputation est celle d’un professionnel discret, ne posant ni question embarrassante ni aucune sorte de problème. Un agent de l’ombre efficace, qui fait ce pour quoi on le paie. Cela lui vaut de travailler pour des personnalités haut placées Du coup, la veuve du milliardaire Christian fait appel à lui pour traiter avec discrétion d’une délicate quoique sordide affaire; après avoir découvert la pellicule 8mm dans le coffre de son mari, sur laquelle on voit une jeune fille se faire découper vive par un homme cagoulé. Mme Christian charge Welles de savoir si ce film est une perverse mise en scène ou un authentique snuff. Le snuff movie étant un genre de film à caractère sexuel dont l’existence est contestée et dans lequel le(s) acteur(s) se font réellement tués devant les caméra durant le tournage, mais nous reviendrons plus tard sur ce sujet. S’en suit alors une enquête difficile et sordide, destinée à retrouver la fille supposée assassinée, Après multiples recherches dans bien des alentours, Welles tombera sur Max California joué par Joakim Pheonix, un jeune commis d’un magasin de pornographie, qui pourrait lui être d’une aide précieuse. Dès lors Nicolas Cage se retrouve dans les bas fonds de l’industrie pornographique hollywoodienne et new-yorkaise, il entrera dans les sphères les plus hard et les plus secrètes du cinéma XXX (pédophilie, zoophilie, sado-maso extrême…).

8mm se veut un thriller très haletant montrant la réalité très sombre qu’est la pornographie du snuff film. Depuis sa sortie en salle et en vidéo il a suscité maintes et maintes discussions, tant sur son contenu que sur les idées qu’il véhiculait. Jugé comme un film dépravé et sans finalité pour certains, il fut monté sur un piédestal par d’autres. Qu’est ce qui fait donc autant parler de ce film? Il convient je pense d’analyser un peut l’histoire.
Après avoir retracé la source de ladite cassette, Nicolas Cage se retrouve confronté à un dilemme moral: jusqu’à quel point la conscience humaine peut elle tolérer de tels actes, jusqu’à quel point peut on ne pas réagir. Durant tout le film, Schumacher tisse un cadre familial autour de son acteur principal . Et c’est là que réside toute la crédibilité de la fin du film. Si l’on fait abstraction de cette toile, le film s’apparenterait à l’histoire d’un justicier façon Charles Branson, mais ici le détective n’est pas visé directement si l’on considère la nature des autres protagonistes. Il n’en reste alors que sa réaction est simplement celle d’un homme écoeuré et apeuré par ce qu’il a découvert Joaquim Phoenix fait à ce titre une très éloquente tirade dans laquelle il dit qu’être confronté à ce milieu ne laisse jamais l’esprit bien sain.

Les détracteurs voient dans cette fin une simple fin à la bonne moralité hollywoodienne. Le bon détective élimine les pollueurs d’âmes et il reçoit en échange une lettre de remerciement de la mère de la victime (de la cassette qui malgré tout lui dit que ça ne rendra pas sa fille). Soit il s’agit là d’une fin un peu à l’eau de rose où tout est bien qui finit bien… mais est ce vraiment le cas? En effet, Wells ne semble pas si apaisé par la situation. Il semble malgré tout qu’il tente d’obstruer une partie de sa mémoire dans laquelle il ne veut en aucun cas y piocher de souvenirs. Chacun est libre d’analyser sa façon de percevoir la fin du film mais il faut pour cela tenir compte de l’ensemble de ce dernier. Comment réagirait chacun de nous dans une telle situation? Préférerions-nous ne pas savoir le meilleur ou connaître le pire?
L’autre débat qui suivit la sortie de ce film est la nature même du sujet: les snuff-movies. Plusieurs clament haut et fort que c’est une légende urbaine, que le FBI a fait maintes et maintes recherches et n’a jamais rien trouvé. Soit, mais cela veut-il dire pour autant que cela n’existe pas? La nécrophilie , la pédophilie ou la zoophilie ont pourtant fait parler d’elles alors qu’elles furent un temps niées. Mais croyez vous que le FBI révélerait publiquement que ce genre d’activité existe? Imaginez les retombées d’une telle déclaration… Il n’en reste pas moins que ce film jette un doute sur l’existence de tels circuits parallèles et ce film aura au moins eu le mérite d’évoquer un sujet tabou.
Il reste de tout ça un film très bien mené et dérangeant. La trame sonore de qualité accentue l’effet d’inconfort que l’on éprouve en visionnant ce film, et ce quelques qu’en soient ses propres convictions à l’égard de la véracité de cette activité morbide.

La Musique du film est signée Mychael Danna, qui a écrit entre autre pour little miss sunshine ou encore la série Medium. On écoute Hollywood de Michael Danna

Puisque la technologie se veut un médium d’un avancement technique bluffant, on retrouve souvent, dans le quotidien, un grand réalisme dans ce qu’on pourrait croire faux. Plus précisément vient la fausse réalité (le faux-documentaire et la télé-réalité en font partie) dans le Snuff film, un genre barbare et qui rentre dans le domaine de la pornographie aux châtiments corporels aussi nommé en anglicisme « bondage », se veut un genre axé sur la violence graphique et les douleurs sexuelles engendrées par cette pratique. Joel Schumacher exploite ce filon très délicat qui fait rage encore de nos jours dans la moindre parcelle universelle sur la planète. C’est devenu tellement une mode populaire de voir ce genre de long-métrage à caractère horrifique dégradant qu’il est très facile de trouver cela, gratuitement, sur des sites bien ordinaires. De ce fait, il est très facile de voir une certaine réalité crue dans les propos tenu par la pellicule de Schumacher. C’est ça l’effet 8mm!

Même si Joel Schumacher a coupé une bonne partie du script original d’Andrew Kevin Walker (pour rappel le scénariste de Seven), ce scénario fait encore ici preuve d’un talent d’écriture sans failles. Son exposition de l’univers pornographie qui englobe presque la totalité de l’intrigue de 8mm ne semble jamais forcé. Les gens ont tous besoins de plaisirs fétiches des plus osés et déviants, de magazines explicites ou encore de matériaux. Le personnage de Cage se retrouve enfermé dans cette réalité où les productions et consommations de produits sont une normalité presque banale. Pour ajouter en qualité, le réalisateur à un sens du détail très affilé qui donne à 8mm une profonde finition visuelle. Dans certaines scènes on a vraiment l’impression d’être dans des «sex shop» bas de gammes des plus réalistes. Même le personnage de Max California, donnera une profonde banalité comme quoi il est extrêmement normal de gagner sa vie dans ce commerce. Même si, en début de parcours, le personnage de Phoenix se veut un accessoire, c’est réellement grâce à lui que 8mm avancera profondément dans ses démarches et révélations qui mèneront à son dénouement. Il va permettre aussi de faire découvrir une réalité bien plus crue dès que lui et Welles rentreront dans un sous-sol ténébreux, dénudé de personnalité et simplement illustré par des gens vendant du matériel plus «hardcore». Dès cet instant, le spectateur dérape complètement, sans jamais pouvoir se relever dans cette troublante descente aux enfers. On défait subtilement nos théories et pensées en lapidant également nos croyances envers, la oui ou non, véracité de ce snuff movie montrant la victime que Welles veut trouver.
se dépécher de parler tapis juste juste

Quand finalement on nous révèlera le dénouement, c’est là que le film prend un tournant de violences qu’il ne quittera jamais. Le spectateur ne sera plus le seul qui reste troublé parce qu’il vient de voir, c’est aussi le personnage de Nicolas Cage qui est complètement perdu et qui vit des changements de personnalités. Il remet en question ses propres agissements et va commettre des actes qu’on n’aurait jamais soupçonnés. La scène la plus représentative reste celle où il enlève un des criminel, ne fait rien avec lui, avant d’avoir appeler la mère de Mary, qui lui dit à quel point elle aime sa fille, c’est là qu’on verra toute la rage et la soif de vengeance du personnage! Car il faut un long moment avant que le personnage vire au rouge. C’est là une grosse qualité en 8mm: la lenteur. Là où le scénario aurait pu se planter en pleine face, ça aurait été d’être trop expéditif dans toutes ses révélations et changements de cap à son intrigue. À la place, Joel Schumacher et Andrew Kevin Walker ont pris un temps fou à bien placer les pions pour jouer un échec et mat des plus explosifs !
C’est aussi en le personnage de Machine, un bourreau avec un masque en cuir, que 8mm trouve la folie qu’il a besoin. Ce personnage ne s’illustre pas très souvent dans la réalité, mais ses passages dans des vidéos snuff sont très percutants au vu de la violence barbare qu’il utilise sans gêne. La particularité de cet antagoniste baraqué et sauvage c’est son mutisme constant pendant toute ses apparitions. Il ne dit rien, il ne fait qu’agir et ce tempérament mène à des scènes assez inattendues. Sa véritable identité a le don de surprendre pas mal, nous qui nous attendions à une espèce de détraqué social, on fonce dans un mur en pleine face de ce côté-là. Même si elle est un peu moins percutante qu’on aurait cru, la scène finale entre Cage et Machine donne vraiment un excellent moment de tension et de violence, juste peut être un bémol avec la musique de cette scène qui à mon goût est un peut de trop… mais c’est juste mon avis…

Côté réalisation, Joel Schumacher offre un résultat très satisfaisant. Lui qui donnera plus tard The Number 23 et Blood Creek, il démontre vraiment qu’il est encore en forme, prêt à tenir une caméra et qu’il est loin d’être un feu de pailles. Ses plans de caméras sont toujours fluides, minimalistes et fait avec un côté très méticuleux. Niveau distribution, on retrouve d’excellentes parts de gâteau ! A part Nicolas Cage qui nous offre ici une de ses meilleures prestations en ce qui concerne son jeu et son acting. On retrouve aussi un Joaquin Phoenix qui à jouer dans The Village, Gladiator avec un je-ne-sais-quoi qui fait en sorte qu’on trouve attachant son rôle de commis dans un magasin de pornographie. En ce qui concerne Peter Stormare vu dans Prison Break, dans son rôle de producteur de films explicite donne lui aussi une excellente prestation. Chris Bauer et Catherine Keener viennent compléter magnifiquement la brochette déjà bien remplie !

Le clergé bien-pensant est sorti furieux de la projection. En ces temps de perte des vraies valeurs et d’individualisme forcené, une unanimité baveuse trouvait une nouvelle fois l’occasion de prendre forme. Et pour cela, rien de tel que de s’acharner sur un artiste et sur son oeuvre. Bien entendu, plus personne ne parlait du film. Plus personne, par exemple, ne semblait savoir que le scénario n’avait pas été écrit par Schumacher, mais par Andrew Kevin Walker.
Les fruits de cette collaboration ne se limitent d’ailleurs pas au sujet du film. On en retrouve également la marque dans l’esthétique et dans la structure narrative. En plus d’être une suggestion de choix pour les amateurs de cinéma d’horreur ayant envie d’une expérience bien différente. Ce qui est bien avec 8mm, c’est qu’il ne ressemble pas vraiment à un film d’horreur dans sa façon d’être construit, mais y adhère de manière presque automatique avec ses thématiques et sa violence graphique dans son dernier acte. Si à votre grand dam, vous n’aviez jamais vu 8mm avant cette rubrique… regardez-le! C’est de la même façon qu’en débutant cette écoute que vos ouilles avides l’ont terminées avec fascination. C’est ça, l’effet 8mm !

C’est pas chic, mais qu’est-ce que ça choc! NON?!

Bravo à Daryl Mayland qui a gagné 2 billets de cinéma en répondant à cette question
Qui est le réalisateur de ce film? Joel Shumacher